Charles Pennequin et Armée Noire

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Dans

biodégradé charles pennequin n’existe pas il n’est pas là vous croyez le voir mais quand vous le voyez vous ne voyez pas charles pennequin pour voir charles pennequin il faut le croiser en dedans charles pennequin n’a pas d’existence à proprement parler il n’est pas réel comme on l’entend on n’entend pas le mot réel de la même oreille que charles pennequin charles pennequin pense qu’il n’y a pas plus réel que le poème dans lequel charles pennequin existe il n’y a pas plus de réalité que dans le poème de charles pennequin 

Portrait de guy niole

CHARLES PENNEQUIN & JEAN-FRANÇOIS PAUVROS : "TUÉ MON AMOUR"

 

Charles PENNEQUIN [& JEAN-FRANÇOIS PAUVROS]

TUÉ MON AMOUR - HB4746

TRACE LABEL, 2008.

Où emprunter, détails...

 

 

De la poésie éructée, écorchée, subtilement vicelarde, improvisée vive, jeux de mots abrupts sans filet au-dessus des pulsions et blessures directement ouvertes sur l'environnement nerveux, saturé d'affects destructeurs, jet verbal inspiré accompagné d'une méga-guitare électrique

La poésie est très proche de la chanson. Pourtant, elle offre des espaces laboratoires plus libres. On peut y affronter la langue de manière plus directe, sans prendre de gants. La chanson doit se vendre sur les radios, sur les scènes, dans les studios, dans les journaux, à la télévision, partout si possible. La poésie n’en a rien à foutre, on lui fout une paix royale. Petits livres, petits éditeurs, petits publics, petits prix. Alors, avec la poésie, un jour, on prend le verbe, ou ce qu’il en reste, en pleine poire, au creux de l’estomac. Et tout à coup, on est estomaqué, on s’estomaque, rien qu’avec quelques mots tout simples, presque simples d’esprit, voire vulgaires, qu’un poète nous balance en faisant le malin, en faisant la circulation des mots rescapés, éclopés et gros, par défaut. Quoi! Quelques mots font cet effet-là, on ne sait plus où se mettre, ils nous font mettre les pieds dans le plat de la vie, alors que, pourtant, on encaisse tous les jours des flux d’images hyper-sophistiquées en dolby stéréo qui nous montrent la grande téléréalité du monde entier !

Tué mon amour, c’est comme un graffiti et une énigme rhétorique, la confusion entre forme verbale et écrite. Un signe que quelque chose est mort, assassiné ou suicidé. Le symptôme que l’amour ne peut plus se chanter comme autrefois. Le temps des muses est terminé. C’est l’aveu abrupt aussi de l’obsédante proximité entre mort et amour dans une célébration rock déjantée, carnage collectif de l’amour au sein duquel jaillissent de nouveaux œufs de renouveau, à gober, en vitesse… Charles Pennequin n’écrit plus, il n’a plus le temps, il bascule dans l’oral. «Je parle dans la parle, je ne sais pas, je ne sais plus». Il improvise, entre le taire et le parler, le pensé et non pensé, avec une langue raréfiée, rabotée, amputée, lobotomisée, prolétarisée. Juste quelques mots de survie, les termes thermodynamiques auxquels les écrans publicitaires et les stades de foot résument nos pulsions langagières, et qui tournent, comme fauves en cage, dans le périmètre de deux idées qui se bouffent l’une l’autre: baiser et/ou être baisé. Pulsions meurtrières. Le poète Pennequin improvise avec quelques moignons de vocabulaire, qu’il caresse, branle, scande comme un débile urbain, comme une force de la nature aux neurones ravagés par les ondes de l’absurde hypermoderne. Le poète a été victime de ce court-circuit dans l’imaginaire central qui affecte de nombreux cerveaux vendus aux écrans les plus offrants. Il ressemble désormais au boxeur transi de Lapointe effeuillant, massacrant ses petites fleurs contondantes. Hagard. Perdu et grotesque. Sale gosse dans une grande carcasse de lutteur tatouant son lexique brutal à même le cuir délétère de l’époque brutale. Des mots, des propositions sommaires qu’il conjugue à tous les temps audibles et inaudibles, à l’endroit à l’envers, en criant ou en serinant de manière enfantine, déchirant les syllabes, charpie qu’il transforme en pelure spongieuse de régression. Il suce quelques mots comme on suce son doigt pour le faire disparaître dans le trou de la bouche. Il est expulsé de son intérieur par le chômage, l’abandon social, l’absence de travail qui ronge les entrailles, la perte de dignité qui fait hurler incrédule «qu’est-ce qui va encore me proposer du travail» pour enchaîner avec «je ne veux pas entrer dans le contact avec moi». Incapacité de renouer avec la construction de soi, le travail sur soi. Nous sommes des chiens, des porcs, des cochons qui salopons la terre, tout. «J’aime toi, je t’imite, t’imite, gémis toi, j’ai mis toi, j’m’imite, m’aime en toi, aime toi, même en toi», deux trois trucs, ainsi, alignés en comptines ulcérées, en supplications pleurées vociférées, lettres qui se mélangent, voyelles et consonnes qui voyagent, lacérées, mises à sang, et voilà, la poésie, la langue n’est plus qu’une membrane primale, hyper-ventilée, hyper-irriguée, fragile, palpitante, tuméfiée, translucide, dégoûtante, un masque matriciel, une cagoule vivante qui recouvre le poète gesticulant. La membrane d’un trou. Qui s’éteint et s’allume au rythme de la Télévision. «On aime son téléviseur; On est dedans.» La membrane est la ville (le modèle moteur de la ville moderne) qui est un trou, d’ailleurs. Où prolifèrent les manques, les absences, les vides, les pannes, toutes ces fuites de sens, physiques, charnelles, qui trouent la peau, la chair, le cerveau, le cul, tout est régi par ces trous. Il y en a tellement, forcément, on tombe sans arrêt, on est toujours en train de tomber dans un trou. Et quand les citadins partent à la campagne, ils transportent leurs trous et les plantent un peu partout. Ils voudraient bien en sortir, ils aimeraient bien avoir un langage, ils achètent le journal, mais le journal est un trou aussi. Le beau grand trou beckettien version prix terrifiants. Toute l’agitation des organes, ceux d’en bas et ceux d’en haut, consiste à trouver un bord, tous les coups sont permis pour y arriver, un bord qui rende possible de balancer dans le trou toute l’accumulation des problèmes, «mourez sans engagement de votre part comme on dit qu’ils disent à la télé».
Le bord, ça peut être la baise, pourquoi pas. «La bonne grosse baise» comme dit le poète et ça jette un froid dans notre banalité pornographique. C’est qu’il exhibe sans fioriture, en finaud qui joue l’épais, quelque chose d’indécent qui lie la non-baise à la baise, qui supprime la séparation entre les deux, et révèle ainsi le règne de l’obscénité ordinaire, banale qui, imperceptiblement, fait en sorte qu’il n’y ait quasiment plus de non-baise. L’aborder aussi crûment, c’est mortel, c’est comme si ça trouait l’ultime membrane du langage, juste avant la mort, et que le quotidien se trouvait submergé de pulsions à n’en plus savoir qu’en faire, une pêche miraculeuse, empoisonnée. Les pulsions remplacent les désirs comme l’invasion d’algues vertes asphyxie la vie sous-marine. Alors le poète clame cette angoisse froide de la baise qui «troue le cul d’envies sans vivre», mais en restant à ras de terre, parce qu’y en a marre des racontars, des promesses télévisuelles, et qu’il n’y a pas intérêt à s’éloigner de son os quand «il est de plus en plus difficile de planquer ses moignons dans du vivant, bien au chaud.»
Du plus crade aux fulgurances les plus belles, étincelantes dans la fange téléréelle, les performances de Pennequin décoiffent. Elles régénèrent aussi les questions de fond. Il s’agit, ni plus ni moins, de «poser la question du poète dans la cité, non seulement comme «créateur», mais comme «destructeur», non seulement comme destructeur, mais comme «producteur», ce qui est pour Benjamin une façon de poser la «question du droit du poète à l’existence» politique.» (G. Didi-Huberman)
Dans la manière de parader avec les mots, de faire le malin, de prendre à revers le beau langage comme la seule issue pour continuer à parler, à respirer dans le trou, il y a du Homer Simpson, exacerbé, cynique, paumé, «troué en lui-même». Depuis la berceuse fêlée «quoi qui nia» qui laisse percer un désarroi immense jusqu’aux leçons de vie surréalistes, en passant par la manière, transgressive, mais désarmante, de chanter l’attachement obsessionnel à sa bite. Avec une candeur inouïe. Ainsi, «Slow Bite», sur fond de références à quelques vieux dégueulasses littéraires. Petite liturgie du dénuement exhibitionniste. Le dépouillement, le refus d’habiller la chose atteint finalement une sincérité désarmante, au-delà de l’explicite sans grâce, la grâce revient dans cette manière la plus nue d’exhiber son organe en mots, son organe de mots, avec dans le ton et les inflexions, une grande fragilité, vulnérabilité dénudée de tout machisme matamoresque. La bite, par le va-et-vient du slow verbal, perdant tout genre affirmé, tranché, un entre-deux, aussi bien trou que bite, un mélange d’où pourrait bien jaillir de nouveaux mots, enfin. «Tu veux manger ma chair. Tu veux être moi. Ma propre bite. Et que je sois plus rien. Plus rien qu’un mangé de bite…». Exemplaire dialecte, crue et neuve, décrassée, autour du trou.
Le travail du guitariste Jean-François Pauvros est exceptionnel. Il fouette l’intérieur des textes morcelés, extériorise la matière éreintée des poèmes, déploie les contextes névrotiques comme des gouffres où cognent les mots, perdus. Il fait hurler les désirs dissociés de leurs mots. Il fait vomir le vide qui remplit les trous. Accélère les flux, projette, fracasse les idées, les concepts. Il percute ou accompagne d’une petite musique intérieure, lunatique, décalée, approche de nouvelles tendresses paumées. Un texte-guitare à part entière.

Pierre Hemptinne

http://www.lamediatheque.be/mag/taz/litterature/avril_2009/charles_hennequin_jean_francois_pauvros_tue_mon_amour.php?reset=1&secured=

Portrait de guy niole

DE THIERRY RAT

 THIERRY RAT

 

  A propos de Charles Pennequin

 

Sa poésie sort par sa parole, sa parole est dans la poésie, elle ne fait pas poésie, elle ne dit pas la poésie, elle est dans la poésie et sort de la poésie par sa parole, ce n'est pas un flux tendu, c'est une parole qui revient qui ne cesse de revenir à l'infini, sa poésie est le lieu même du fini qui n'en finit pas de finir, elle est l'expansion à l'intérieur de sa propre finitude, et n'en finit pas de s'expanser ou de s'ex-penser, c'est une poésie pensée du dedans qui s'ouvre au dehors par et dans la parole, par l'interstice qui peut être la bouche mais aussi le corps, un corps entre-fendu par où passe et repasse la parole, la parole qui est l'ouverture par où la poésie s'ex-porte, se présente, elle est le présent du moment où elle se donne, elle ne donne pas à entendre, elle se donne, parce qu'elle est à cet instant hors de lui, elle n'est plus le poète disant, elle est le dit qui s'ouvre et en s'ouvrant ce dit, se donne à l'autre, elle est désir de la parole concédée à l'autre.

Portrait de guy niole

DE JP VERHEGGEN

 Travelling sur Charlot - JP Verheggen

 

Qu'est-ce qu'un entravé nous demande le grand Charles ? - C'est évidemment de Charles Pennequin que je parle ! - eh bien, c'est tout le contraire de quelqu'un qui n'entrave que dalle à la catastrophe humaine et sociale dans laquelle le travail - ou l'absence de boulot, c'est égal, c'est même kif kif bourricot ! - l'a plongé. Un entravé n'est donc pas, comme le prétendent certaines mauvaises langues, un empêché de penser ni, non plus, de parler. Il peut même très bien s'exprimer épais, voire balbutier brouet, sans pour autant n'avoir rien à dire qui n'ait d'intérêt. A propos de boulot, à y regarder de plus près y a ciboulot tout à côté, pas vrai ? Il faut le rappeler : le travail a ses orateurs insoupçonnés et qui souvent voient plus clair qu'on ne pourrait l'imaginer. Du reste, un entravé a beau avoir la gueule de travers comme Pennequin le représente à traits gras expressément patibulaires ou être un accidenté ventriculaire qui a des boyaux de porc en guise de coronaires, un entravé comprend illico ce à qui et à quoi il a affaire ! Il a ses lumières ! Observez d'ailleurs ses yeux. Examinez par exemple ceux de celui qui grogne et qui ressemble comme deux gouttes de sueur à ceux de Vincent Van Grogne ! Son regard d'artiste du travail obligé semble revenir de l'enfer, n'est-ce pas ? Il râle ! Mais sans doute est-ce sa manière à lui d'en dire plus long ! C'est comme labourer - autant dire être laboureur libertaire tout en creusant laborieusement son sillon ! - c'est mieux croit-on, on vit au grand air - sans salle de douche encombrée de chaises ! - on reste derrière un cheval qui n'est pas entravé ou derrière un tracteur auto-tracté, c'est moins galère mais ça n'empêche qu'un jour on sente venir sa mort prochaine comme le notait déjà en son temps ce brave couillon de La Fontaine ! En réalité, il n'y a que de sots métiers et non de sottes gens comme auraient du l'affirmer d'autres demeurés célèbres, qu'ils soient fonctionnaires aux proverbes ou employés municipaux aux dictons à la con ! De quoi poéter (sic) un câble devant de telles leçons d'aberration ! Moralité, aux fables et farces sur le turbin, préférons les phrases de ceux qui n'affabulent pas sur le sujet. Pennequin qui est lui-même un manuel des mots, disons un motnuel ! un horrible travailleur poétique selon la formule de Rimbaud - Pennequin fait de leurs mots mêmes sa matière première, - sa motière, si l'on préfère ! tout dans ce qu'il en prélève y travaille comme à la chaîne pour mieux se déchaîner en mille menus propos, tantôt désopilants, tantôt plus amers ou franchement incendiaires, qui vont de fifre-machin au fifrelin quotidien, en passant par le sexe, le pince-fesses, l'informel, le formol ambiant qui fait qu'on sommeille ou les formes généreuses qu'on harcèle et qui nous réveillent, sans oublier les projets avortés et surtout les corps charcutés, ouverts grand large et rabibochés vite fait bien fait pour cinq ans au moins. L'avenir, quoi ! L'avenir droit devant soi comme un boulevard des allongés ou le monologue sans fin derrière un verre de der de der ! Pas d'alternative ! Pas d'autre choix ! Bref, on l'aura compris, ces entravés-là nous renvoient magnifiquement aux Temps Modernes de l'autre Charlie, Charlie Chaplin ! Charlie Pennequin' (à prononcer Pennequinne, avec l'accent du Wisconsin) avec cette vis comica qui lui tient lieu de vis sans fin comme porte-plume hilare dans la main, notre Charlie à nous, est bien son cousin !

 

Jean-Pierre Verheggen

Salut en passant.

"La ville est un trou" est un grand livre que je lis en boucle. Que je lis en boucle. En boucle.

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