Charles Pennequin et Armée Noire

La déprime en résidence

30/09/2012 - 17:26

Ils sont déprimants. Ils nous dépriment. Rester avec eux, à l'ombre de leurs idées, de leur morale, est déprimant. Pourquoi ? parce qu'ils ne vivent pas leurs idées, ils sont impliqués dans les causes politiques, les luttes, tout au moins en discours. Ils disent de belles choses certes, délivrent de grandes oeuvres, font de lumineux entretiens, seulement il ne vivent pas ce qu'ils font ni ce qu'ils disent. Ils vivent en "bourgeois". Ils sont en retrait de toute cette crasse qui ne viendra jamais les voir, les entendre. Ils ne parlent pas aux exclus, ne vont pas partager leur art ou même partager de longs moments dans les lieux déclassés, ils vont le faire dans tous les autres cadres (ceux où ils sont pour ainsi dire naturellement attendus), sauf là. Ils ne créent seulement que des faux problèmes, de faux débats, ne sont en révolte que s'ils n'ont pas leur place dans leur petit monde de bourges. S'ils font des gestes, ils ne seront que symboliques et ces actions ne feront que de la pub à leur communauté, mais n'agitera en rien la vie réelle. Le retour à la vie sans classe est nécessaire pour les attaquer, eux et leur déprime contagieuse. 

Ils sont fatigués

Ils se lèvent tard

Ils font la gueule

et ils vous donnent des leçons.

Tout simplement parce qu'ils vivent en profond désaccord avec tout ce qu'ils affirment. 

Le retour à la crasse par l'armée noire donne de la joie et des pleurs, des moments d'éternité au milieu de gens bienveillants : les paumés, les déportés, les trans, les putes et les marlous, des gens en général que rien ni personne ne peut impressionner. En tout cas, ils nous accueillent et nous filent la PATATE !

Retour dans les endroits où la parole n'est plus, tout au moins c'est ce qu'on pense, alors qu'on peut y croiser la vraie (de parole). Une forme de lucidité, en tout cas, dans la désespérance. 

Les déprimés (ceux qui nous dépriment) restent noués. Ils disent des choses par derrière de la vie, vu qu'ils sont trahis par eux-mêmes et leurs amitiés multiples dans le seul monde qu'ils devraient abhorrer. Qu'ils restent noués à leur petit monde de bourgeois qui savent ce que c'est qu'une droite, qu'une gauche et qu'un milieu, qu'une attente et qu'un débordement, qui voient dans la dualité le seul moyen d'exister. Il n'y a cependant pas d'existence dans des mots et des idées qui ont été chargés au siècle passé. 

 

 


armée noire à radio galère, marseille by charlespennequin

 

Il ne faut pas remplir l'espace de la parole par nos plaintes, nos récréminations, nos petites misères. La parole doit apparaître. des êtres apparaissent ainsi, par leur parole, leurs actes, comme quelque chose qui monte à la surface et qui force l'écoute.

Sinon, pas d'écoute possible, de partage gentillet, tout est à mordre.

 

Portrait de guy niole

Hédi Cherchour. pense pareil en disant de belles choses !

Tout le monde est allé à Marseille un jour.
La ville où il faut rentrer de plein pied, où il faut se mélanger à la couche de saleté qui s’amasse rue Longue des Capucins. Marseille la crasseuse, Marseille mon enfance avec sa Porte d’Aix et ses Arabes, ses « zoufris » qui logent dans les immeubles délabrés, ses « kahba » Comoriennes, ses « mtoufah » Marocaines. Marseille, tout le monde t’aime, et en ce moment ceux qui te convoitent sont surtout les artistes. Ils veulent se prendre en photo avec toi , crasseuse, se rouler dans la farine jusqu’au coup avec toi, vieille canaille. Le problème, c’est qu’ils ne t’ont pas parlé directement Marseille, les artistes ! Non ! Ils l’ont dit aux autres le secret ! Ils l’ont dit aux copains artistes d’abord, ils se l’ont dit à eux avant tout leur putain de secret : « ouais Marseille, on est de ton côté, on est avec toi ! On comprend ton désarroi et on palpe ta chaleur. T’inquiète Marseille, nous, on n’est pas des Bourges ! Et aussi on est avec les Pussy machin et aussi on est avec les Rroms, et aussi…» Quel triste constat l’artiste venu de si loin ! Les artistes, Les « ceux qui connaissent Marcel Duchamp, les ceux qui citent Antonin Artaud » les artistes quoi ! Ils viennent de loin et quand ils sont à Marseille, chez toi, ils passent à côté de ta crasse qu’ils adorent tellement au fond ! Donc, le zoufri et la kahba de la Porte d’Aix ne comprennent toujours pas les artistes qui défilent sous leurs yeux fatigués. Car c’est bien cela la vérité, J’ai vu les deux côtés cet été : les artistes et les crasseux de mon enfance. Les zoufris, les kahbas m’ont dit : « mais tu les connais ces artistes ? Qu’est-ce qu’ils font ici à La Plaine? »Alors j’ai répondu aux zoufris et aux kahba : « ils viennent faire des performances, va voir ! Ça vaut le coup ! » La Kahba et le zoufri m’ont répondu : « c’est pas pour nous ça, les performances. Mais s’ils nous donnent de l’argent, on vient ! » Tu vois l’artiste, ta performance n’aura pas fait vibrer la ville la plus pauvre de France. Les pauvres gens ne t’ont pas vu. Tu aurais réussi ta performance si tu l’avais faite dans les quartiers Nord, à La Rose, à Château Gombert… ! Ça aurait eu de la gueule une performance d’artistes à Château Gombert , sur la place principale, entre le shit, le fric et Allah. Tu as préféré , l’artiste, te représenter dans le quartier le plus bobo de Marseille, et donc le plus proche de toi, de ta dégaine d’artiste ! Tu vas me dire qu’il y a tout de même des pauvres chez les bobos Marseillais ! Oui, mais il n’y a qu’une poignée de bobos qui t’ont peut-être entendu l’artiste! Le Marseille qui pleure sa race, celui qui a besoin de tes mots l’artiste, de manière urgente, tu ne l’as pas rencontré ! Tu l’as certainement croisé, mais tu ne le comprends pas encore, tu ne lis pas dans ses yeux. Au fond, peut-être que tu en as rien as foutre du zoufri et de la kahba, tu te tapes de la racaille ! La racaille c’est pour Valls et ton imagination, de la littérature après tout ? Tu ne t’es pas révolté l’artiste, tu as lu ton texte et personne dans Marseille la mesquina, la RSA, la crevarde n’a entendu tes mots.

Portrait de guy niole

Le sentier des bottes. Je

Le sentier des bottes.

Je mets mes bottes. Ce sont de belles bottes. De bonnes grosses bottes qui vont bien et dont je suis très fier. Elles sont très belles et tout le monde envie mes bottes. Il faut de bonnes bottes pour affronter le sentier. Le sentier exige la botte. La belle et bonne botte. La fierté. Je les mets tranquillement, comme tous les jours. Tous les jours à la botte. Et tout le monde en fera autant. Tout le monde suivra la botte. Ça sera ma botte. Il faudra suivre ma botte et ça se fera très bien. Normal. Les gens normalement mettent des bottes. On suit le sentier. C'est un sentier à bottes. Tout le monde va dedans. Tout le monde à sa botte. Moi j'ai mes deux grosses bottes et je suis devant. Et derrière des grosses bottes aussi. Tout un rang de bottes. Derrière et devant et tout partout un monde de bottes. Ça fait du bien. Ça fait du bien d'avoir des bottes pour marcher dans le sentier. Un sentier sans ses bottes n'est pas un sentier. Il faut suivre le sentier. C'est les bottes qui suivent. Tout le monde suit le sentier botté. Tout le monde en bottes. Toutes les bottes suivent. Tout est suivi. Tout s'entre-suit dans les bottes. Le sentier est là pour la botte. La botte est là pour le sentier. Et nous on suit. On a nos bottes. Bientôt nous rejoindrons un autre sentier de bottes. Bientôt d'autres bottes et nous. Bientôt deux sentiers avec des paires de bottes dedans et qui se suivent. Bientôt une suite. Bientôt encore des bottes. Bientôt encore des sentiers remplis de bottes et qui rencontrent des sentiers tout bottés. Tout prochainement. Et sans plus attendre. Et demain encore pareil. Encore plein de bottes. A n'en plus finir des bottes dans des sentiers. Et des suites. Tout plein de suites et tout plein de bottes et tout plein de sentiers. À n'en plus finir. Que des sentiers remplis de bottes demain. Un peu comme aujourd'hui. Mais demain encore mieux. Que des promesses de bottes demain. Des promesses de sentiers. Des promesses de suites à n'en plus finir demain. Et toujours mes deux bottes. Toujours moi et toujours mes deux bottes. Pour vous servir.

JE

JE T4AIME
BISOUS§§
!!!!!!!!!!!!!!

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