Charles Pennequin et Armée Noire

pensée

vacillants

22/07/2009 - 11:18



Nos yeux ne sont pas assez gros, assez grand, nos yeux pas assez développés, enveloppant, nos yeux ne sont pas démesurés, suffisamment démesurés pour voir, voir en entier la brûlure d’un astre, nos yeux ne peuvent montrer la totalité de la face brûlante, nos yeux sont tout petits et tous les petits yeux ne voient rien, même si on additionne tous les yeux, même si tous les yeux se mettent de concert pour voir le disque brûlant dans sa totalité approcher, nous ne verrons rien, nous verrons que du feu, nous ne voyons que du feu avec nos yeux, que du feu et un peu de fumée, et la fumée ça pique la fumée, la fumée ça piquera tous les yeux, aucun des yeux ne verra la fumée, aucun des yeux verra l’astre fumant, un astre comme un immense disque venir nous fumer, il brûlera ainsi nos petits yeux comme des insectes, il s’allumera d’un coup, juste avant il sera comme éteint, comme un disque éteint et puis il allumera nos têtes, nos petites têtes avec nos petits yeux dedans, nos toutes petites têtes venues pour voir, pour deviner un moment calme avant que l’astre nous allume, juste avant qu’il s’allume tout d’un coup, qu’il s’allume et nous fume tout d’un coup, qu’il éclaire ainsi nos têtes une bonne fois, la première et la dernière fois, qu’il allume enfin nos têtes de sagesse, c’est-à-dire qu’il nous éteigne, nous mettre dans le grand éteignoir de lui, que l’astre nous éteigne avec le grand éteignoir de lui, la grande force toute allumée et qui nous surprenne, juste avant ça, l’attente par nos yeux surpris de ce calme, le calme de cet astre qui arrive sur nous en silence et qu’il nous laisse un peu de répit, le répit pour nos têtes, que nos têtes se rassemblent pour penser, qu’une seule pensée nous traverse comme un fil, un fil tendu entre nous, un fil qui passe d’une tête à l’autre, un seul et même fil drainant une seule et même pensée à travers toutes ces têtes venues là pour voir de leurs minuscules yeux qui voient rien, rien d’autre n’est vu, rien d’autre à voir que cet incendie par millimètres, millimètres d’incendies verront les petits yeux, des minuscules portions de rouge et de jaune et de noir, car nous ne verrons finalement que du noir dans nos têtes, nous ne verrons plus de couleurs, seulement un reste d’image noire, image noire de l’astre noir éclairé, l’astre qui nous éclaire enfin après nous avoir fait passer le fil de sa pensée, le fil noir de l’attente, attendons l’astre noir se diront les petites têtes dans le noir de l’astre noir, attendons la venue de la lumière dans nos yeux, se diront toutes les têtes dans le noir de l’astre noir, avant que celui-ci ne s’allume, car l’astre s’allumera d’un coup, mais nous ne pourrons vraiment le voir, nous verrons l’astre noir s’allumer et devenir noir de lumière, mais nos yeux n’auront pas le temps de penser la lumière, nos petits yeux ainsi rassemblés n’auront pas le temps de se débarrasser du fil de pensée qui les a mené à voir, car nos têtes ont été amenée à voir par les petits yeux, mais les petits yeux seront encore dans l’attente de voir quand il faudra vraiment voir, et nos petits yeux ne seront alors pas assez grands pour voir autre chose que ce que les têtes voyaient vraiment, ou s’attendaient à voir, elles s’attendaient à voir du noir s’allumer mais elles n’avaient pas la capacité de voir la lumière, c’est-à-dire de voir une lumière qui s’allume de noir, nous ne saurons jamais à quoi s’attendaient nos têtes, elles savaient tout juste leur ignorance, elles le savaient à peine, à grand peine elles devinaient les tête, à grand peine elle disaient à nos yeux de voir les têtes, mais nos yeux étaient incapables de vraiment voir, il aurait fallu des yeux comme des astres pour engranger la lumière et montrer le bouleversement qui allait opérer, et le bouleversement c’est que nous allions griller dans l’astre noir devenu lumière, une lumière toute noire, c’est ça qu’elles pourraient voir nos petites têtes, mais elles le verraient pas, elles n’auront pas le temps de penser ce que verraient nos yeux, nos petits yeux qui voyaient rien, car nos yeux ne peuvent pas penser seuls, il transmettent ce qu’ils voient, et comme ils ne verraient que du noir nos petites têtes ne sauraient rien de ce qui les attend, et donc nous les petites têtes nous n’attendrions rien, nous les petites têtes nous ne verrions rien, nous avancerions, nous aurions une idée qui nous guide, une petite idée vacillante, une pensée toute petite et nous les petites têtes dedans, vacillants.

OVERDRIVE CHARLO (TEXTE POUR ANTOINE BOUTE)

OVERDRIVE CHARLO (TEXTE POUR ANTOINE BOUTE)


L’art sert aux parties fines

Organiser des parties fines, c’est finalement faire de l’art

Car : l’expérience ne résoud rien

Elle ne résoud rien pour nous

Ni pour l’autre.

 

L’art peut servir à créer un moment de compréhension entre deux êtres

Un moment où deux individus se reconnaissent par de fines références

Alors que l’art ce n’est peut-être pas son but de favoriser les rapprochements entre individus ?

Est-ce que cela favorise les rapprochements ?

L’art devrait avoir cette fonction

Il l’a toujours eu cependant

Et l’a toujours maintenant

Mais pour une tribu autre

Faite d’individus qui s’y reconnaissent et passent finalement de bons moments

Comme des retrouvailles

Autour de références communes

 

Le paradoxe est là

De faire croire en l’individu qui crée son emprunte

Alors que toutes les empruntes finiront par se valoir

Du moment qu’on les reconnaît (c’est une partouze où chacun s’y retrouve)

Le désir dans l’art d’échapper malgré tout à la tribu

Est plus fort que jamais

Ou a-t-il été plus fort avec les avant-gardes ?

Maintenant l’élève des beaux-arts se désole qu’un autre avant lui

Ait épuisé le sujet qu’il vient juste d’ébaucher

 

La crise est dans l’individu

Comme un ver qui le ronge

Comment soigner l’individu ?

En le replaçant dans sa grotte

Sa tribu contemporaine ?

 

Toutes les jeunesses s’inventent, et elles s’inventent grâce à la guerre, c’est la guerre qui invente la jeunesse, la jeunesse avant mettait du temps, pas moyen de s’inventer une jeunesse, il lui faut la guerre, une bonne guerre est une jeunesse qui s’invente, toutes les jeunesses s’inventent, elles ont leur guerre, chacun invente sa guerre, chacun a sa guerre dans la jeunesse, il y a beaucoup de guerriers différends, il faut des gros guerriers au début d’une guerre, il faut des guerriers lourds pour détruire lourdement, puis après il faut faire dans la finesse guerrière, chacun doit inventer sa guerre, les guerriers s’inventent, il y en a qui poussent, il y en a qu’on n’a pas vu, il y en a qui compteront bien après, bien après la fin de la guerre on les comptera, on n’imagine pas une guerre comme certains la font, certains inventent pourtant une nouvelle guerre, tout le monde invente la guerre, mais certains vont plus loin, ils donnent l’impression d’inventer toutes les guerres, et plus on creuse et plus on s’apperçoit du désastre de la jeunesse, plus on creuse plus la jeunesse est dévastée, et c’est la bérézina, la bérézina qui avance seule son long nez ici, dans cette sombre époque.

 

Le jeune homme, après avoir lâché ces quelques phrases, se tourna dans un tournant puis fut pris d’un tournis, à défaut d’un fou rire (pourtant bien mérité).

 

La jeunesse est volubile

 

Point s’en faut

 

Il nous faudra en découdre avec la vie.

 

Cette phrase-ci ne lui appartient déjà plus :

Un jour, vous ne serez plus chez Mémé-les-Beaux-arts et il faudra bien vous démerder

L’art ne s’apprend pas à l’école

A l’école c’est la revue des pratiques

La revue des paquetages théoriques

Des histoires belges de l’art qui ne vous font plus rire

Qui ne vous ont jamais fait rire

L’art ne fait pas rire à l’école

L’art ne fait pas vivre à l’école

L’art n’existe réellement pas à l’école

Les écoles d’art sont un empêchement à se saisir plus tôt, à se voir plus tôt, ça rallonge les années d’étude où tu dois tout de même obéir aux règles de l’abstinence et au respect des anciens

 

Heil Hitler ! lance le jeune homme à cette assemblée d’hommes sages et repus, venus constater de visu sa méprise de la vie. Le jeune homme est pourtant un artiste des plus redoutés de la place. On dit de lui qu’il crée selon ses propres impulsions. Sa copine s’appelle Solange.  Lui aime à se faire appeler, dans certains milieux autorisés, Overdrive Charlo.

 

Est-ce que je pense avec mon cul, se demande le Charlo. Est-ce que mon cul est le seul à penser dans toute ma personne. Le seul être de toute ma personne qui pense est-ce le cul, se dit-il. Toute ma personne qui pense est occultée par l’individu cul. C’est l’individu cul qui pense. Le cul indivisible occultant ma pensée et ainsi donc ma personne. Ma personne pourrait penser grâce au cul. Mais ma personne ne peut penser grâce au cul. Car ma personne pense par son cul, dit Overdrive Charlo. L’individu de ma personne est son cul. Et que finalement c’est l’idée d’un cul occultant. Et que finalement c’est le cul occultant qui occupe toute ma personne pensante. Toute la pensée de la personne pensante qui voudrait bien démarrer un sujet à partir de n’importe quoi. Et pourquoi pas le cul se demande ma personne pensante. Pourquoi ne pas démarrer par une histoire de cul. Mais en fait le pourquoi pas est de trop pour l’individu cul. Le pourquoi pas n’existe pas dans l’être cul qui est dans ma personne pensante occultée. Le pourquoi pas un cul et démarrer avec ça n’a pas lieu d’être. Et pourquoi donc. Tiens tiens tiens, se demande Charli Overdrive. Et pourquoi pas tiens donc que ça serait une histoire. Une histoire qui démarrait sur ma personne et par le biais d’un cul. Parce que c’est juste le cul et rien d’autre qui démarre ma personne. Le cul démarre tout. Le cul est la présence même. Est la pensée même. Est la personne même. Et donc il n’y a pas d’alternative possible. Pas d’alternative au cul pour ma personne. Il y a le cul et rien d’autre. Rien d’autre ne viendra boucher mon histoire. Rien ne viendra raconter des salades autrement. Rien d’autre qu’un individu en forme de cul si possible. Si possible un cul et rien d’autre. Et arrêtez vos salamalèques, dit le jeune homme face à l’assemblée des vieux cons avachis. Car c’est tout ce qu’on peut commander ici. Il faut pas croire au Père Noël ni à l’Enfant-Jésus. On ne crèchera que dans l’histoire de cul de son individu. Il n’y a rien qui viendra boucher l’histoire de la vie d’un homme autrement qu’une histoire de cul. Une histoire comme un bouchon. Un vieux bouchon qui pèse sur ma personne. Et plus la personne occultée et plus le bouchon prend de l’âge. Plus le bouchon est âgé et plus il ressemble à cette vieille histoire promise. La promesse d’un cul sans fond. Un cul sans possibles qui est devenu le bouchon pour toute la personne habitée. C’est comme une chose avariée. L’histoire est invariablement habitée par le virus du cul. C’est comme si il y avait là-dedans depuis la naissance la volonté qui pousse comme une fraise. Une sorte de fruit au fond du moi qui est avarié. Pourri. Qui est un cul. Le cul c’est l’avarie de la machine de moi. Toute la machine est avariée par cette histoire de cul qui est née au même moment que nous-mêmes. Et pourquoi ça naît au même moment qu’un nous. Un nous-mêmes qui pousserait au même moment qu’un lui. Un lui qui serait la volonté indépassable du cul. La volonté du cul qui dépasse tout. Toutes les vies invariablement foutues. Et toutes les bouches cousues dans ces vies foutues. Les bouches cousues au bout d’un bon moment par la seule et triste histoire de cul qui pousse en travers nous. C’est-à-dire en travers l’individu. Car l’individu c’est le cul. A ne pas confondre avec ma personne. Ma personne est une sorte d’entendement mal débouché. Une volonté constante que viendrait toujours rasseoir l’individu. C’est-à-dire son idée de cul toute bouchonnée. Mais la boucle est bouclée comme on dit. la boucle est dans la forme humaine. La forme rassise et bouchonnée qui a raison de ma personne. Et il n’y a rien à y faire. Ne rien faire d’autre que terminer en eau de boudin. Toute son histoire humaine finie. Toute sa personne historique dans l’eau de son boudin. C’est-à-dire dans une vilaine histoire avec les  mouches autour. Comme une histoire d’amour. Une histoire à la tue-mouche. Ou à la va que j’te pousse. Que j’t’épouse et te pousse. C’est du tue-mouches qui pousse dans toute histoire d’amour. L’histoire à tuer les mouches c’est une histoire à dormir debout. Histoire à dormir avec les mouches mortes autour. Car c’est l’individu même qui est un tue l’amour. C’est l’individu même qui fait bander mou la vie. L’histoire de cul de l’individu dans les feux croisés de l’amour. Les feux de détresse de la rencontre amoureuse. La rencontre fortuite et amoureuse de l’autre. L’autre supposé. L’autre et son suppositoire à suppositions. L’autre qui n’est que la même forme de suppositoire que la personne dans laquelle nous stationnons. Un certain laps de temps à stationner. Et le stationnement n’est jamais payant. Il faudra de multiples histoires. Des histoires de cul en nombre pour venir bouchonner la vie. Toute la vie sera bouchonnée par nos histoires de cul et de suppositoires. C’est-à-dire de tremblement. C’est-à-dire de pulsation cardio vasculaires et de pluviométrie positive. Car tout est positif dans l’homme. Tout est bon comme la tripe et l’andouillette. Alors que ça finit toujours par un forfait. Mais on veut pas voir la chute de l’histoire. On veut juste les bons débuts. Les bons morceaux. On veut juste le croupion. Le croupion du bon début. Car le croupion c’est toujours la meilleure partie de notre histoire de cul.

 

Le problème

 

c'est que nous ne nous voyons jamais en jeune fille

 

tout pousse à ne pas être jeune fille

 

mais à crever de dégoût

 

chacun dans sa crasse morte.

 

LES GUERRES S'INSPIRENT DES GRANDES PENSEES / PLUS LA PENSEE EST PROFONDE / PLUS LA GUERRE SERA LONGUE ET COUTEUSE / IL EN COUTE BEAUCOUP DE PENSER / PENSER PROVOQUE LA GUERRE / IL Y A DES TOUTES PETITES GUERRES / PARCE QU'IL  A DES PETITES PENSEES QUI CIRCULENT / DES PENSEES QUI PEUVENT AUSSI SE MELER AUX GRANDES / CAR AU DEBUT LES GRANDES PENSEES TRAVERSENT SOUS LE MANTEAU / MAIS ELLES TRAVERSENT TOUT LE MONDE / ET AU BOUT D'UN MOMENT TOUT LE MONDE VEUT LA GUERRE / TOUT UN PEUPLE PEUT ETRE OBSEDE PAR LA GUERRE / IL LUI FAUT UNE BONNE GUERRE / POUR ETRE ENFIN DEBARRASSE DE SA PENSEE

 

 

 

 

 

Tout se serait donc bien terminé si ce Charlo s’était levé un peu avant. Tout se serait donc bien terminé si l’Overdrive Charlo, empêché par son rêve, ne s’était enfoncé trop profondément dedans alors qu’on l’appelait au dehors. Une voix l’appelait. Une voix qui criait fort. Tout se serait soldé par un happy end si cet Overdrive Charlo s’était levé de suite et aurait fuit l’endroit où il se trouvait. Tout se serait bien terminé en effet, si cet homme, Overdrive Charlo, ne s’était pas couché sur cette chair rose, cette grosse chair rose qui ressemblait à des lèvres. Tout se serait bien terminé si ce Charlo overdrivé avait pu constaté, grâce aux cris de la femme, qu’il était en train d’être coincé par cette chair rose, cette immense chair rose qui allait se pétrifier d’un moment à l’autre. Tout ne se serait pas soldé par un échec, échec cuisant de l’Overdrive Charlo qui rêvait à la femme, alors que la vraie femme se trouvait en face de lui, elle le regardait impuissante, et lui dans son rêve avec cette forme rose qui se rétractait, devenait dure et finalement l’emprisonnait. L’Overdrive Charlo allait se transformer en cristal ! Ce Charlo qui rêve et pendant ce temps, moi je vois cette chair rose qui durcit et transforme mon Overdrive Charlo en même temps, l’Overdrive Charlo durci, il devient tout dur et il crie, mais ses cris se perdent. Car cette chair rose est une machine. Oui, une machine rose et qui se tranforme. Tout se serait bien terminé si l’Overdrive Charlo ne restait pas coincé dans cette machine rose et qui allait l’engloutir, alors que lui rêvait ! l’Overdrive Charlo rêve ! que faire, se dit la femme. La femme a fini par ne plus savoir quoi sortir comme mot. Plus aucun mot, plus un son même. Plus rien ne sortira de cette femme, à part la mort. Que pouvait-il sortir de cette femme, alors qu’en fait elle faisait partie du programme qui avait confectionné cette chair rose, une chair désirable pour le Charlo. Tout se serait encore une fois bien terminé si cette Overdrive Charlo n’avait pas coincé sa veste dans la machine, mais cet Overdrive Charlo a pris une veste avec l’amour. Comme tous les Overdrive Charlos d’ailleurs. Depuis la nuit des temps ça se passe mal avec l’Overdrive Charlo. Chaque rigolo d’Overdrive Charlo pris par la machine ne peut plus sortir, il veut dormir sur cette chair et rien ne se termine bien. Jamais rien ne s’est bien terminé. Cette chair rose a eu la peau de tous les Overdrive Charlos qui se sont allongés dessus. Pas un seul n’a pu échapper à ses rêves. « Allez, remportons notre musique / Et r’tournons en enfer !» (Dixit Charlo Trenet.)

 

Le problème, pense Overdrive Charlo, c’est que les philosophes s’imaginent que la pensée peut sortir. Tout a été fait, tout, depuis des millions d’années, a été fabriqué pour que la pensée circule dans l’homme en circuit de fermeture. Tout le circuit fermé de la pensée s’agite dans la mort du corps. Rien ne sort. Tout ce qui sort est du chant ou du geste lié au chant. Le chant est un jeu fait avec le corps, une monnaie d’échange, un truc pour monnayer la possibilité de sortir des bribes de pensées. Mais la pensée n’est pas sortie pour autant. La langue ou les mains, et même les pieds pensent par eux-mêmes et c’est eux qui fabriquent ce qu’on appelle communément la pensée. Les philosophes sont des communicants naïfs et des ex-communieurs, des commutateurs de la pensée. Un jour oui, un jour non. Et ils sont très sérieux. Le chanteur, lui, sait bien que ça pense pas. Rien ne pense, et surtout pas la pensée. La philosophie est la langue sèche qui finalement se débarrasse le plus de la pensée. La langue des philosophes c’est la solution finale de la pensée. Il n’y a rien de plus tragique que de lire un livre de philosophie, c’est comme si on traversait le désert de tout ce qui aurait pu se penser, si au moins la pensée avait pu s’ouvrir. Mais la pensée n’existe que pour soi et ne reste qu’à l’intérieur du mort à venir. La pensée ne sort pas, la pensée a été mise dans les corps pour empêcher toute sortie et surtout la sortie par un quelconque langage, et des phrases bien faites. Tout est sec dans la philosophie. La philosophie a le goût des gâteaux secs qui sont durs comme des pierres. Il faut des millénaires pour avaler les gâteaux secs de la philosophie, et à ce moment-là tout le monde avale, aussi bien les bons que les mauvais avalent. Tout le monde peut à ce moment-là interpréter ce qu’ils veulent de la pensée des philosophes. Les politiques les plus désastreuses de tous les temps ne se sont pas inspirées de paroles obtuses et des langages incompréhensibles, de la glossolalie ou des fatrasies, mais des philosophes, même les plus difficiles. On ne peut gouverner qu’à partir d’une bonne philosophie. C’est pour cela que la philosophie n’a rien à voir avec la pensée qui circule à l’intérieur et dans la nuit continuelle de l’homme. Ceux qui hurlent continuellement, ceux qui sont comme tordus par la douleur et qui hurlent jour et nuit sont les seuls qui montrent ce que c’est que souffrir de la pensée qui nous traverse et qui ne sortira pas. Et jamais un seul philosophe ne s’autoriserait une journée à gémir comme une bête. Jamais un seul philosophe ne s’est permis de sortir de sa belle construction des phrases pour sa pensée pour aller crier plus fort qu’un animal dans la forêt. Pourquoi ne trouve-t-on pas de philosophes dans les terrains vagues et les forêts noires ? parce qu’ils ont peur qu’on les voie en train de penser réellement, c’est-à-dire penser monstrueusement et donc baver et grogner pire que des bêtes.

 

bac à crotte

14/10/2008 - 10:00

 

La pensée est un bac à crotte

 

La pensée pense et fait sa petite crotte

 

La pensée est un produit fini à balancer dans la bouche

 

La bouche et le cul de l’oreille

 

Je parle dans ton cul d’oreille

 

C’est-à-dire : je pense

 

Je pense comme dans mon bac à crotte

 

La pensée est rejetée

 

Est éjectée

 

Déjection

 

Et dégoût

 

Est vie du dégoût à vider une fois mort

 

La vie belle une fois mort

 

La vie belle qui fabrique le bon goût et les individus

 

Les individus ont bon goût

 

Alors qu’ils sont dans le bac à crotte

 

Leur devenir bac à crotte

 

C’est-à-dire 

 

Bac bac bac

 

C’est-à-dire

 

Que la vie est miam miam

 

L’individu se vide la bouche avec la pelle à crotte et pense que la vie c’est miam miam

 

Miam miam caca

 

Et demain : bac à crotte

 

Pourquoi ?

 

Parce que l’individu, même s’il pense, évite de racler dans les coins

 

Pourtant la pensée ne sortira pas

 

Pourtant la pensée n’est qu’un résidu  de toutes les merdes agglutinées de l’existence

 

Pourtant la pensée s’est cognée mille fois

 

S’est pris la cognée des organes de l’individu qui est savant du miam miam

 

S’est pris la cognée du temps

 

S’est pris le savoir et a plus bougé son cul dedans

 

Ne bouge surtout pas ton cul d’individu notoire

 

Sinon tu risques le bac à crotte

 

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