Charles Pennequin et Armée Noire

péguy

deux livres sortant au même moment

deux livres sortant au même moment

et reçus le même jour par la poste ! Ici Charles Péguy dans nos lignes, publié par l'Atelier de l'agneau !

Péguy dans nos lignes

Dans
03/03/2014 - 10:42

Il en ferait une de tête, s’il revenait aujourd’hui Péguy. Une tête des mauvais jours. Une tête de mal loti. Il ferait une de ces têtes Péguy, si on le croisait aujourd’hui, comme quand on croise toutes ces têtes après les élections, après la tromperie renouvelée des élections. Une tête de lendemain de fête. La fête des électeurs. Une mauvaise fête de têtes d’électeurs. Il ferait une tête pire que ça. Une tête de toutes ces mauvaises têtes qui n’ont pas encore digéré leur bulletin de vote. Une tête comme quand on sort de l’isoloir. Une tête comme quand on est pressé de rentrer chez soi, pour regarder les résultats aux informations. Une tête de résultats dans la télé, voilà la tête qu’il ferait Péguy. La tête de tous les mauvais résultats des journaux de vingt heures qui ont jalonné notre histoire à nous. Tous nos mauvais jours à nous sont des têtes de mauvais résultats dans les journaux. Et tous les résultats ont toujours été de mauvais résultats au final.

 

De son temps Péguy, il avait aussi parfois la mauvaise tête. Il avait sa caboche entêtée Péguy. A tout le temps critiquer les socialistes, et Jaurès en particulier. Mais aujourd’hui, s’il revenait, il en ferait une toute autre de tête. S’il revenait de ses sentiers de rondes. S’il revenait de sa cahute et de ses tranchées. S’il revenait aujourd’hui de sa guerre avec ses charniers, il en ferait une de tête. Non pas d’avoir connu les massacres de la guerre, car il n’a pas eu le temps d’y être longtemps plongé dans cette sale guerre. Lui qui avançait tête nue d’un poste à l’autre. Lui qui se désignait avant les autres. Lui qui se destinait très tôt dans cette guerre à recevoir une balle. Il en ferait une de tête, Péguy, s’il revenait aujourd’hui de sa balle. Si la balle ne l’atteignait pas, mais le propulsait vers nos âges. Il en ferait une de bobine Péguy. Pire que les gueules cassées la gueule à Péguy, s’il revenait aujourd’hui. Il reviendrait avec Jaurès et les deux en feraient de ces trombines. Ils en feraient de ces trombines s’ils nous voyaient maintenant. Si maintenant Péguy et Jaurès revenaient de leur balle. S’ils revenaient de leurs temps boueux. S’ils revenaient de ces incertitudes de début de siècle. Leur siècle à eux. S’ils en revenaient et qu’ils nous voyaient. Quelles têtes feraient-ils ? Ils feraient des têtes bien pires que les électeurs. Et c’est pas peu dire ! Car une tête d’électeur aujourd’hui, ça vaut son pesant de journées. Son pesant de fatigues et de journées éreintantes à ne plus croire en rien. Mais à continuer d’y croire, tout de même, un peu. Car on y va toujours, au charbon. Ce n’est pas le charbon de la mine, ça on n’y va plus, c’est le charbon de l’histoire. L’histoire toute noire qui nous enfume la tête. L’histoire toute enfumée et qui rend nos têtes noires. Ils en feraient des têtes d’enfumés, des têtes toutes noires s’ils nous voyaient les Péguy, les Jaurès et même tous les autres. Si tous les bords de leur temps à eux nous voyaient, leurs yeux se dessilleraient un bon coup et leurs bouches resteraient à jamais muettes.

 

Car quand Péguy parle de la France. Quand il parle de l’époque perdue. Quand il dit que les ouvriers se sont perdus. Quand Péguy parle de la petite parole perdue et de la fierté disparue. Quand il parle ainsi Péguy des ouvriers qui ne travaillent plus et de la bourgeoisie qui envahit tout, comme il le dit dans l’Argent. Quand il parle ainsi à tout bout de champ, qu’est-ce qu’il nous dit ? Quand il dit dans l’Argent Péguy, que le parlementarisme a tout corrompu. Que le parlementarisme et la grande bourgeoisie capitaliste a tout avili. Il en ferait une de tête, s’il nous voyait aujourd’hui, car il ne croirait pas avoir si bien dit. Il le disait, mais lorsqu’on le lit, il suffit de transposer pour aujourd’hui. Car à son époque, ça n’était rien. A son époque, il y avait des ouvriers, il y avait de la fierté. A son époque, il y avait des mains pour travailler. Il y avait à manger pour tout le monde. A son époque dans les villages, il y avait le boulanger, le boucher, le fermier, l’instituteur. Et déjà Péguy critiquait les instituteurs, mais que ferait-il aujourd’hui, lui qui devinait déjà la fin du monde français, la fin de l’histoire française, le déclin même de l’Europe, de l’occident et du monde entier. Lui qui percevait, à travers les maîtres, le relâchement véritable pour la seule cause bourgeoise et capitaliste. Lui qui avait deviné que le moindre travail ouvrier et la moindre parcelle de terre du paysan allait être vendus à la cause capitaliste. Il en ferait une de tête aujourd’hui, en se promenant dans la France des lotissements. Dans la France ravagée de la campagne et dans les villes qui s’étendent à n’en plus finir. Dans les cités envahies de policiers avec les chiens et les drogues. Il en ferait une de tête aujourd’hui, s’il savait que tous les ouvriers étaient maintenant devenus soit maton soit policier ou soit drogué, ou les trois. L’Etat sécuritaire. L’Etat qui change de main, mais qui est toujours dans la même main. La seule main. La main confisquée au peuple. Il en ferait une de tête, Péguy, lui qui parlait encore d’un peuple. Il verrait que le peuple a totalement disparu. Il verrait qu’il n’y a plus que des votants et des non-votants. Tous les mêmes ! diraient Péguy. De la chair à élire. De la chair à télé et à élection. Il en ferait une de trombine devant la télé Péguy, aujourd’hui. Devant le Cac 40. Le peuple du Cac 40 et le peuple du Médef. Le peuple des syndicats patronalistes et capitulant. Le peuple viandard et le peuple écolo, le peuple qui fait la manche et le peuple islamophobisé. Le peuple consommateur bio et le peuple Que choisir. Le peuple au caddie. Il en ferait une de trombine. Le peuple qui boursicote, comme il disait déjà dans l’Argent. Le peuple décimé dans ses propriétés et dans ses chaînes télé, sa haine de l’autre et son pouvoir d’achat.

 

Il en ferait une de bobine le pauvre Péguy, s’il nous voyait, depuis sa balle, depuis son front et sa balle, depuis sa mort sur le front par la balle qui le faucha. Nous les fauchés de l’histoire. Il se dirait qu’il avait déjà raison, lui, de critiquer à son époque, en parlant de ce qui allait advenir de la politique. Car aujourd’hui, la politique ressemble au charnier où il s’est trouvé dans les dernières minutes de sa vie. Le parlementarisme des grands bourgeois capitalistes, comme il en parle dans l’argent, il ne savait pas vraiment ce que c’était. Une vraie guerre de tranchées pour nous, le capitalisme électoraliste. Il ne pouvait pas deviner ce que ça pouvait être vraiment, depuis son texte ou depuis son front, depuis ses guerres à lui. Ses guerres sont malgré tout de vraies guerres, mais ce sont des guerres où il y a encore de la croyance. Ce sont des guerres où l’on a encore envie de combattre. Il irait où combattre le poète Péguy aujourd’hui ? Et contre qui il combattrait le poète Péguy ? Il combattrait comme la plupart, avec un bulletin de vote. Pour chasser le pire qu’on ait eu et pour en faire venir un autre à sa place. A la place du pire, un autre pas mieux. Car après le pire, on n’aura certes pas mieux. Mais on fera pas pire que ce qu’on a déjà fait. Ça ne sera pas plus pire, comme on dit parfois dans les cours de récréation. On recréera juste un pire, mais ça sera un pire juste un peu mieux. Un pire juste moins pire en somme. Un pire pas pire que l’autre en tout cas. Mais un autre pas mieux non plus. En tout cas plus pire que n’importe qui après tout. Toujours est-il pas pire que l’autre d’avant. Car l’autre d’avant, dans le pire on n’avait pas fait mieux. En tout cas jusqu’ici. Jusqu’au prochain autre. Jusqu’à sa prochaine réélection à l’autre pire. Jusqu’à l’autre bulletin dans la pire des urnes, on ne fera pas mieux. On fera pas mieux jusque-là et il faudra attendre. On nous fera poireauter. Il faudra être patient. S’attendre au pire ou au pas mieux. C’est ça notre devenir. Notre promesse. Notre désir. Notre crédo. et on en fera même toute notre carrière et notre postérité.

 

Est-ce que Péguy lui patientait, depuis ses tranchées ? Depuis son chemin de croix, ou son Chemin des Dames ? Est-ce qu’il poireautait ainsi en attendant la balle. Car il l’aurait finalement reçue sa balle en travers les yeux. Même à patienter dans ses lignes. Il aurait eu ainsi plusieurs balles et même un boulet de canon, plutôt que d’avancer tête nue et de courir d’un poste à l’autre. Il avançait dans les lignes, mais il aurait pu se mettre où il voulait dedans. Il aurait même pu se terrer dans un trou. Il n’était pas sûr d’être perdu pour la balle ou pour le boulet de canon. Il était même quasi sûr de les gagner tout autant, Péguy. Mais il n’a pas réfléchi : il est allé de l’avant. Il a couru d’un poste à l’autre, d’un piège à l’autre, d’une balle à l’autre. Car aujourd’hui on sait bien lui reprocher tous les pièges qu’il n’a pas su voir Péguy. Pourtant il en a vu des pièges Péguy. Les pièges et les trous et les balles et les obus de son temps, il a su les voir de loin et parfois, malgré tout, les prendre. Il en a peut-être pris de trop, car peut-être a-t-il trop vu Péguy. Et on pense aujourd’hui à lui, mais comme des bourgeois. On pense comme des assis, nous les combattants. On pense comme des bourgeois assis parlementaristes vis-à-vis de Charles Péguy. Charles Péguy le chrétien ou Charles Péguy l’inchrétien, comme j’ai lu. Charles Péguy le réactionnaire. Charles Péguy l’ancien. Le mal embouché. Charles Péguy le paysan. Ce n’est donc pas Charles Péguy qui exagérait un brin. Car déjà c’est son époque à lui qui déjà exagérait un brin. Et lui avait raison de soutenir mordicus, que c’est à partir de la fin du dix-neuvième siècle, que tout ça a commencé à défaillir. Que la vie à déconné. Que les choses ont commencé à mal tourner pour le monde. Le monde chrétien ou le monde à venir. Les promesses à venir. Les promesses communistes. Les promesses d’une politique non parlementariste, non bourgeoise et élitaire. Mais quelle tête il ferait, aujourd’hui, le pauvre Charles, s’il nous voyait. S’il lisait dans nos yeux ou dans nos livres. S’il lisait dans les lignes de ceux qui se disent des combattants. Des combattants sans combat, à part les urnes. Car tous les artistes vont aux urnes. Et tout ceux qui n’y vont pas méprisent ceux qui y vont. Tout n’est que mépris. Et le mépris va jusqu’au poète Charles Péguy. Tous les artistes méprisent le poète. Mais  le poète aussi les méprisait. Car il méprisait les catégories. Il n’y a pas de catégories pour le poète Péguy. Et il n’y a pas de mépris pour celui qui se trompe, ou pour celui qu’on avilit, celui qu’on a fait entrer dans la carrière de l’ignorance. Car il a bon fond l’ignorant, après tout. Il devine qu’il y a cette part en lui qui parle. Cette petite parcelle de lui-même, il l’a devine. Il n’a pas totalement perdu la main, ni la fatigue, ni la gaité, ni l’insouciance. Il lui suffit qu’il reprenne son outil. Et son outil c’est sa pensée, c’est sa parole. Il lui suffit qu’il reprenne sa voix. Sa voix d’ignorant. Sa voix du monde à lui et qu’il la mêle à toutes les autres. Que tous les ignorants se comptent pareillement. Que tous les ignorants se savent. Qu’ils soient dans leur voix et que toutes les voix d’ignorants aient ainsi leur propre voix. Que chacun ait sa voix et qu’il la garde bien, à l’abri des mensonges et des capitulations. Toutes les capitulations d’aujourd’hui, et notamment électorales.

 

Car il en ferait une de sacrée tête Péguy, s’il nous voyait ainsi tout le temps capituler, avant même un semblant d’engagement. Un semblant de parole engageante. Un semblant de conflit. Un semblant de vie. Il nous ferait une de ces têtes Péguy, face à nos têtes de capitulaires et de concédants, nos têtes patibulaires dans le capital qui ment. Nos esprits divisés. Nos pensées contraintes et notre ironie. Il ne connaissait pas l’ironie, Péguy. Il avait la sainte horreur de ce monde-là. Il n’en avait même pas horreur, car il ignorait tout bonnement ce monde. Il n’y avait pas de place pour l’ironie froide et pour le manque total d’amour. Et quand je parle d’amour je parle de tout l’amour. Tout l’amour de Péguy pour tout ce qui frayait avec la vie. Tout l’amour de ce qui vivait dans l’innocence et l’insouciance. Il en ferait une de tête aujourd’hui, face à tout l’amour qu’on ne lui porte pas. Car on ne porte plus aucun amour, ni pour l’autre ni pour sa culture. On ne porte de l’amour que pour soi. Soi dans son inculture ou soi dans son non-amour. La télé porte son non-amour pour elle, tout comme le politique porte son non-amour pour lui, tout au moins pour son pouvoir. Le pouvoir pour lui non aimé. Sa vraie quête est donc la détestation. Aimer faire détester. Aimer porter la détestation à son pinacle. Que la télé et le politique, mais aussi le financier, portent la détestation au plus haut de l’amour inversé, c’est-à-dire à la détestation de nous-mêmes. Car aujourd’hui, il en ferait une de tête Péguy, à nous voir nous détester ainsi, nous les humains. A continuer à vivre ainsi, nous les humains. A autant détester ainsi la vie, nous les humains. Et d’ailleurs, à continuer à dire nous, alors que nous quittons le nous. Que nous ne voulons plus être nouer à un quelconque nous et qu’il nous faudra d’autres nous pour nous le dire. Mais ils nous diront rien, car tous les nous manqueront. Qu’il n’y a plus de nous et d’ailleurs nous croyons qu’il n’y a plus que nous pour le penser et le dire. Et que tous les nous pensent  et le disent ainsi, dans la détestation profonde des autres nous.

 

Qui faut-il croire alors ? Il faut croire en la tête à Péguy, la bobine à Péguy qui court tête nue à travers ses lignes d’écrits. Ses lignes où ça éclate de partout, où ça se trompe de toute part et où ça se réécrit, redit, approfondit, jusqu’à faire des trous. Il faut croire en sa bonté et en sa colère. Il faut croire en sa guerre, comme véritable rédemption pour notre monde moderne et post-moderne. Pour notre art, notre poésie. Il ne faut pas assécher notre art et notre poésie, mais aller de l’avant et croiser partout le fer avec l’indigence de notre époque et avec l’atonie qui nous traverse de partout. De partout et de toute part ça nous croise et nous défrise. De partout et de toute part la guerre qui éclate et de partout et de toute part nous dans les trous de nos textes et de nos images. De partout et de toute part l’ironie, le fadasse et le manque de bras. C’est ça qu’il dirait Péguy, s’il pointait sa bobine aujourd’hui, à travers nos lignes.

 

 

la symphonie bonhomme

Dans
31/12/2013 - 12:24

La symphonie bonhomme

 

 

Péguy, c’est aussi une symphonie. Péguy est une vraie symphonie quand il écrit. La symphonie du souffle, car Péguy a le souffle symphonique. Si on le lit. Si on arrive à suivre le souffle de l’écrit. Si on n’est pas époumoné avant la fin. Si on ne s’époumone pas à la suivre. Si on ne reste pas ainsi poitrinaire à suivre l’écrit de Péguy, on se rend compte à quel point Péguy c’est du souffle symphonique. Péguy c’est la symphonie même du souffle. L’écrit n’est qu’un souffle chez Péguy, car le poète est la symphonie du style. Et ce n’est pas la symphonie pastorale Péguy, il n’a rien d’un pasteur. Il n’a rien d’un curé qui parle Péguy. Il n’a rien d’un écrivain qui veut soigner ses ouailles par sa symphonie pastorale Péguy. C’est-à-dire ses lecteurs, ses suiveurs poitrinaires qui seraient un peu ses ouailles au curé Péguy. Il n’a rien à voir avec ça. Il est juste un poète, mais quel poète ! C’est un poète au souffle énorme et qui fait marcher la pensée. Il l’a fait marcher au pas de sa symphonie écrite. Et sa symphonie écrite, ce n’est pas une symphonie qui nous passe au dessus des yeux et des oreilles. Ce n’est pas une symphonie qui nous réduit à néant par sa beauté. Sa symphonie ne nous réduit pas à néant en passant bien au-dessus de nos yeux et de nos oreilles et de tous nos sens. C’est une symphonie qui parle et elle ne nous parle jamais avec un mot plus haut que l’autre. C’est la symphonie du souffle vrai de celui qui est vrai dans ce qu’il dit, simplement et tout bonnement. C’est une symphonie bonhomme pour les bonshommes, car Péguy parle à ses bonshommes, à tous les bonshommes de son temps. Il ne fait pas de différence. Il parle à tout le monde indifféremment, avec son style à lui et son style à lui, c’est la bonhommie. C’est la bonhommie élevée au rang de symphonie. C’est ça le style de Péguy. Mais Péguy n’en fait pas une maladie. Péguy n’est pas malade de style et ne nous fait pas une maladie avec sa symphonie. Péguy ne se rend pas malade avec l’idée qui doit être stylé. Péguy c’est le style naturel. Péguy c’est naturellement qu’il a du style. Aujourd’hui tout le monde a du style. Aujourd’hui le style c’est d’avoir du style. Mais aujourd’hui il faut avoir plusieurs styles, comme plusieurs cordes à son arc. Aujourd’hui il faut savoir tirer ses flèches un peu partout et pas toujours dans le même sens aujourd’hui. Dans le même style. Aujourd’hui il faut savoir prendre tous les sens pour éviter d’être commun, d’avoir son style commun. Alors que Péguy ne cherche que le style commun et le style commun c’est le style même de Péguy. Donc Péguy n’a pas à chercher son style, puisqu’il est le style. Péguy c’est le style incarné. C’est un style qui n’en est pas un, car on ne voit pas que ça. Ça n’est pas quelqu’un Péguy, qui va nous dire Regardez mon style, car il n’a pas le temps. Péguy n’a pas le temps de montrer son style, car il y plus urgent et le plus urgent ce n’est pas de faire le curé du style. Le plus urgent ce n’est pas de montrer à ses ouailles le style, mais d’incarner la pensée. Le plus urgent, c’est de cerner le problème et pour cerner le problème, il faut ceinturer différentes propositions. Il faut ceinturer différentes propositions et entourer différentes idées, pour arriver à cerner le problème. Au final, Péguy fait comme des ronds de plus en plus gros. Péguy fait comme des ronds dans l’eau. Mais ce n’est pas pour autant qu’au final on ne voit que des ronds, c’est-à-dire que ce n’est pas pour autant qu’il en fait un style. Car le style serait de montrer avant tout que l’on fait des ronds dans l’eau, alors que Péguy ne veut pas parler des ronds dans l’eau. Jamais vous n’entendrez Péguy vous dire Je fais des ronds dans l’eau. Jamais vous ne lirez chez Péguy qu’il fait des ronds dans l’eau et pourquoi il fait des ronds dans l’eau, car Péguy a autre chose à dire qu’à parler de style. Il a, par exemple, à parler de mystique. Il parle même des mystiques, Péguy. Par exemple, la mystique républicaine et par exemple la mystique catholique. Il a à parler aussi de l’espérance Péguy. L’espérance chrétienne et l’espérance communiste. Il a à parler Péguy à tous ses bonshommes de son temps. Car il refait parler tous les bonhommes pour leur parler. Pour parler à ses bonshommes il fait parles les bonshommes. Il fait ainsi parler tous les bonshommes, même les bonshommes des autres temps. Il fait aussi parler les bonnes femmes. Toutes les bonnes femmes et tous les bonshommes de tous les temps qui parlent aux bonnes femmes et aux bonshommes du temps de Péguy. Mais il les fait être pour ce qu’ils sont. Car ils sont ce qu’ils sont les bonnes femmes et les bonshommes, du coup il n’utilise pas le style pour les faire parler faussement. D’ailleurs, il évite d’adopter un autre style. Du coup il les fait tous parler à la sauce Péguy. Tout le monde parle à la sauce Péguy dans Péguy. Tout le monde a cette voix Péguienne, cette voix et ce souffle. Tous les bonshommes et toutes les bonnes femmes. Toutes celles et tous ceux de l’histoire entière ont ainsi le souffle et la voix péguiens. C’est-à-dire qu’ils ont pris l’allure Péguienne. Et l’allure Péguienne, c’est la symphonie. La symphonie des gens simples. La symphonie bonhomme. Tout ça passe dans sa voix et son style. Même Dieu parle dans la voix et le style de Péguy. IL est pris, lui aussi, par la symphonie des gens simples. Dieu parle comme un bonhomme. Dieu n’a pas une grosse voix chez Péguy, un gros timbre de voix qui tonne de partout et de nulle part et qui impressionne le lecteur. Dieu n’est pas un acteur non plus. Dieu ne joue pas le rôle de Dieu. Dieu le donneur de leçon, avec sa grosse voix qui tonne de partout et de nulle part, sur les planches d’un théâtre. Dieu n’est pas un théatreux. Car Dieu ne joue pas un rôle avec Péguy, ou alors le rôle d’un bonhomme. Car chez Péguy, Dieu parle en bonhomme. Il est innocent, comme les autres. Dieu est une parlotte comme une autre. Mais c’est la parlotte de Dieu, car Péguy ne méprise pas les parlottes. Péguy aime toutes les parlottes et d’abord les siennes. C’est pour cela que vous ne verrez jamais des grandes phrases sortir d’un bloc, des grands phrases soulignées en bloc. Vous ne verrez jamais des grandes fins de phrases à retenir. Les grandes phrases de Péguy, il faudra aller les chercher sous des plis de parlottes, car c’est sous ces plis de parlottes que la parole se fait et qu’il y a acte de pensée. C’est avec cette recherche, à faire parler même Dieu sous la parlotte, c’est-à-dire comme s’il se trouvait au coin d’une d’une, comme s’il était au coin d’une table dans une cuisinne. Comme si Dieu était cette bonne femme ou ce bonhomme à ce coin de table et à éplucher ses légumes pour la soupe. Comme si dieu parlait en nous préparant une bonne soupe pour le soir. Comme si Dieu épluchait ses poireaux tout en nous parlant de la pluie et du beau temps. Dieu à nous parler de tout et de rien, avec son accent bien à lui. Son accent et ses expressions bien à lui Dieu. Car pour Péguy, il va de soi que Dieu parle français et qu’il ait des expressions bien à lui et un accent à couper au couteau, comme on dit d’un brouillard qu’il est à couper au couteau. Pas un accent éthéré, mais un accent à fendre avec un bulldozer. Une langue épaisse et d’une épaisseur toute française et qu’on fendrait au bulldozer. Un fort accent et des expressions pleines de bonhommie aussi, pour exprimer ainsi sa pensée. Car au final, c’est là que ça pense. C’est dans l’enfilade des expressions les plus communes et par les phrases les plus banales que sort une pensée. Une pensée pressée par un rythme de bulldozer. Un rythme qui exerce une sorte de pression sur toutes ces paroles de bonshommes et de bonnes femmes qui parlent. Péguy est inépuisable, par qu’il ne pense pas à être inépuisable. Il ne cherche pas à faire un catalogue des styles. Il ne cherche pas à cataloguer ses livres sous différents style et différents genres. Il s’en moque apparemment Péguy, car ce qu’il cherche c’est à faire parler son bonhomme, son bonhomme d’écrit, pour qu’il y monte quelque chose et que l’intuition du départ soit la bonne. Que le sentiment du début soit infaillible. Il faut qu’il fasse monter l’écrit à un certain degré et pour cela, il lui faut le souffle symphonique de la parole bonhomme. Il lui faut les rythmes qui relancent à chaque fois son énorme pensée qui va tout écraser. Il lui faut à chaque fois à Péguy relancer son écrit, pour mieux dire sa pensée. La mieux dire, la mieux inscrire, c’est la faire parler. Et plus ça parlera, c’est-à-dire plus ça chantera, plus le chant sera long. Et plus le chant sera long et soutenu par les rythmes et plus ça pensera au final. Au final, Péguy pense. Ça pense chez Péguy, car ça fait remuer toute la physicalité de l’écrit. Ça remue toute la physicalité de l’écrit par la symphonie bonhomme. Et la pensée se fait ainsi par l’intuition du parler. Car la pensée péguienne n’est faite au départ que de sentiments et d’intuitions. La raison est passée, bien entendu. La raison et la réflexion, tout ça c’est passé, certes. C’est passé puis repassé puis re-repassé. Ça s’est même bien tassé à tellement repasser, comme quand on presse une pâte. La raison et la réflexion sont passées et repassées par les main et par le corps péguien. Ils ont été malaxés bien des fois dans le corps péguien et maintenant ils sont menés par le bout du nez. Ils sont menés ainsi par le bout du nez par le sentiment et l’intuition. Ils sont cuits, en quelque sorte. Et la cuisson chez Péguy, c’est faire passer la pâte pensée sous le gaz de l’intuition. Car l’intuition est un gaz qui s’échappe mais ne trompe jamais personne. Tout le monde sait qu’un gaz tel que celui de l’intuition ne peut pas tromper et c’est pour cela que Péguy fait parler la pensée jusqu’à la cuire. Jusqu’à la rendre à son dernier souffle et la libérer. Jusqu’à faire parler en elle le sentiment et l’intuition et ça ne l’étouffe pas, au contraire. Ça n’étouffe en rien la pensée de se faire mener par le bout du nez et se faire ainsi cuire et recuire comme une pâte. La pensée de Péguy est d’ailleurs un vrai cuir. Si on veut savoir ce que ça pense là-dedans, il va falloir passer par toutes les paroles et toutes les histoires qui peuplent l’écrit de Péguy. Toutes ses petites histoires avec ses pauvres bucherons et sa pauvre familles et toutes les raconteries de ces pauvres innocents, avec toutes ces petites filles qui vous tiennent la main simplement. Délicatement et simplement. Tous ces gens qui ont bon fond. Tous ces peuples de gens de toutes les histoires humaines qui ont bon fond, car ce sont au fond de bonnes pâtes. C’est par ça que la pensée va venir et nous cuire une bonne fois pour toute. Par la symphonie de tous ces parlers qui ont bon fond. Tous ces parlers qui forment une bonne pâte. Une pate à penser. Et pour manger de la pâte à penser, il faut à présent lire Péguy. Car Péguy, c’est de la pâte à penser générée d’une symphonie. Une symphonie bonhomme pour penser aujourd’hui. 

La modernité dans la rigole

24/12/2013 - 10:43

La modernité c’est le mal de la parole. La modernité a fait du mal. Elle le fait dans le parler. La modernité c’est la parole mais mal foutue. C’est une invention mal foutue pour détourner la parole de son lieu. Son lieu à la modernité c’est d’être toujours sur le devant de la parole, comme pour l’interdire. Comme pour en achever la vérité. Il y a la vérité du parler que la modernité à démasqué et depuis elle joue avec. Elle lui fait des menaces. Elle menace la parole de dénoncer son fond vrai. Mais elle ne le dénonce pas. (pourquoi elle ne le dénonce pas ?) (pourquoi elle dénonce pas le fond vrai de tout parler ?) Elle ne peut dénoncer la vérité du parler sans s’effondrer la modernité. Cependant la parole croit que la modernité peut le faire. La parole est un petit oiseau. Une petite innocence. La parole parle innocemment dans sa petite cervelle d’oiseau. La parole s’envole dans son parler et est une petite cervelle, un petit cervelet de moineau. Voilà ce qu’elle est la parole, avec sa petite cervelle de moineau. C’est pour ça qu’elle croit tout ce qu’on lui dit. Et ce qu’on lui dit c’est la modernité qui lui dit. C’est la modernité qui la maintien dans un certain parler. Un mauvais parler. Un parler sans fond. Alors que le fond du parler c’est ça qui est intéressant. Et la modernité le sait. Elle sait que parler à un fond et même un double fond. Elle sait la modernité que c’est le double fond du parler qui peut révéler la vérité. Et qu’il n’y en aura pas qu’une. Elle sait ça la vérité. Il n’y a pas qu’elle qui le sait. Car il y a plusieurs modernités dit la vérité. Il y a la modernité qui en a eu marre de la modernité. C’est une vérité. Il y a une modernité qui en a eu sa claque de la modernité. Et la modernité et la vérité le savent. Il y a une modernité qui a dû s’inventer plusieurs modernités, comme plusieurs vies. (Car elle en avait sa claque.) Et ça la modernité le sait bien. Et ça la vérité ça lui a pas échappé non plus. Il y a une modernité qui a banni le parler qui coince, car le parler qui coince ça ne lui fait pas trop plaisir à la modernité. La modernité n’aime pas trop où ça coince. Du coup elle nous fait passer pour des décoincés, nous les hommes modernes. Nous serions des décoincés du parler, nous les hommes modernes. Alors que c’est n’est pas vrai. Nous ne sommes pas totalement décoincés, dit la vérité. La vérité pense que ça ment toujours. Et ça ment à l’endroit moderne. C’est pour ça que la modernité a empêché la parole de parler et qu’elle s’est inventé plusieurs vies modernes. La vie moderne a succédé à la vie moderne. Et la vie moderne a fini par en avoir par-dessus la casquette de la vie moderne et donc a inventé la vie post-moderne. Le post-modernisme est une vie inventée de toute pièce par la modernité même. (Car elle en avait sa claque la modernité, elle aussi, tout comme nous.) Mais tout ça c’est des inventions. C’est pour nous tenir au cachot. C’est pour faire en sorte qu’on se tienne tranquille et au cachot. C’est pour faire comme si la parole il fallait la maintenir en otage. Comme s’il fallait la maintenir en otage dans un cachot pour ne pas la laisser s’envoler. Car la parole pourrait parler. C’est-à-dire qu’elle pourrait s’envoler. C’est pour cela que la modernité a proféré des menaces à tout le parler et que le parler s’est rassis. Il a épousé la forme de l’assise le parler. Il s’est rassis sur son séant. Il s’est rassis sur ses fesses le parler et il a laisser faire la modernité et la post-modernité. Il les a laisser causer. (Cause toujours beau merle). Il a laisser causer toutes les modernités et toutes les post-modernités. Il les a laissé causer parce que le causer moderne et le causer post-moderne faisaient tout pour faire oublier la petite parole qui s’envole, le petit bégaiement qui rigole, la petite bière du monde qui sourit et qui rigole, les petites gens qui ont le parler qui sourit et qui blague et qui rigole haut et fort. Le petit tracas mêlé aux petites blagues pour passer le temps. Car il faut bien passer le temps. (n’est-ce pas ? il faut bien passer le temps !) Il faut bien même dépasser le temps. Tous les temps sont dépassables. Tous les temps passent et repassent et tous les temps menacent, mais en même temps tous les temps aurons leur temps. Après le temps du temps un autre temps. Après ce temps-là du temps on verra bien, après ces temps modernes et après ces temps post-modernes, on verra bien ce qui nous tombera sur le crâne, on verra bien ce qui nous dégringolera dessus après tous ces temps qui nous ont écrasé dans la rigole. Car c’est dans une rigole que tout fini toujours, et même dans une grande rigole, pas une petite rigole mais une rigole à plein temps, c’est là dedans que tout va se terminer une bonne fois pour toute et sans discussion. Ça va se terminer dans cette grande rigole de tous les temps et après on verra bien, on verra bien qui rigolera le dernier.

 

'Péguy, voici vos hommes!'

13/09/2011 - 19:00

- ses pouces aux mûres, d'écolier, petit écolier qui trempe ses petites mains dans l'encre, un petit péguy, et des taches, mûrées, aux bouts de doigts violets | et ta ponctuation et là aussi | tes pipes, tes tubes, mon étouffement | à moi, toi tu te fais mal aux doigts | en mon nom | oui en le tien dit-il -

- il fut des poètes métatroniques qui infligèrent aux corps lacérés du poeïn des meurtrissures terminales |

 

- je l'entends, dis-tu-je, cet amuïssement du retour, ce versus qui se ploie dans l'abat pourri d'une matière grise ; il se marque en moi, semence de tout ce qu'il nous faudra détruire | contre et aussi cette destruction même | révolution du chaos : le poeïn terminal du désastre -

 

et il dit: de ces vers nous détruirons le corps électrique | et de ses amas de courants morts nous nous déploierons en lignes de vie ondiques -

 

derridovitch se laissait viraliser à petites doses | d'homéopathiques et chronolythiques | doses que lui faisait perdre une non-mémoire -

 

 

- celle d'avant, d'avant ses lectures de genre qui lui bâtissaient une mémoire neuve -

et péguy encore | charnel dialogue - et moi lis-je | et toi dis-tu | disons nous - oui, toujours la simplicité - je vous en prie | s'il vous plaît - mystique des politesses | en effet pensent-ils | ils nous prient - il - nous - prie | qui n'est pas dire pour | au contraire -

et clio dit-elle | elle dit clio dit que | ou je lis clio dit dit-elle | boole - toujours lui | pas lui dis-tu | pas lui lis-je | sa logique c'est à dire une - parmi d'autres | ils l'oublient que trop souvent | ou préfèrent l'oublier | et l'oublient de bon coeur - ou pas | une péguyboole | c'est-à-dire? - une hypothèse | sidoli et ses péguybooles riemaniennes | que lis-je dites-vous penses-tu | il dit qu'ils pensent qu'il est fou | ah la folie! | oui, toujours elle | elle toujours païenne | pas encore charnelle | non, elle, c'en sera une autre | différente bien que tirée des mêmes restes | comme soupe et salade d'un même rôti de poulet | oui | mais ils oublient qu'elle dit clio dit | clio dit : déjà sidoli perçait sous tomas© | dit-elle | et véronique | comme la petite, la petite bloy qui dit pater noster | en son sommeil en danemark | au - non, en dit-il | en danemark en son sommeil une petite véronique qui dit pater noster | récitant en son sommeil en danemark | et déjà véronique charnelle | encore une véronique | et une véronique un peu moins petite vivant - plus tard, après une balle dans une tête dans un champ de marne, en l'an 1914 | un champ d'honneur dirent-ils | à villeroy - 7 rue André Theuriet Xavier Lenormand, à bourg-la-reine, et disant sans doute encore pater noster - en une maison où un autre écrivit une véronique qui disait, elle: pater noster vir fortis est | bien plus braves ces hommes que des héros | aux puissances simples, d'une faiblesse charnelle justement | d'une faiblesse telle qu'un crâne jamais à une balle ne résistera | et une mort | et l'honneur dirent-ils, et clio le constata | et les historiens épuisèrent ce qu'elle constata qu'il contestait, cet écriveur de véronique | et une véronique écrite et une vivante et toutes deux en cette même demeure de bourg-la-reine | mort à villeroy pour une famille de bourg-la-reine | et d'autres | mais ils oublient disent-elles | véronique et clio sur ce point d'accord | qu'on oublie | à force de mémoire | à force de mémoires ils l'épuisèrent et il s'en fut à villeroy | et les mûres poussant | et un champ lieu d'une rencontre d'acier contre chair puis contre crâne puis en cervelle | il eut ajouté acier allemand | et son successeur à bourg-la-reine eut dit prussien car tels étaient ses allemands à lui | en une rue tant de choses dites | écrites même | dans les ténèbres mêmes | dernier domicile maudit pour l'un comme l'autre | et moi qui vient lire lis-je à ta lettre | ou à la mienne que tu as dite | à force | comme une ponctuation trop forte, musclée d'être en position centrale - telle cette autre neudite de la véronique écrite : - nous n'avons qu'à lire ; le texte de l'évènement. -

 

et Georges dit :

                           Péguy,

                 voici

vos hommes!

 

dit Georges | où, je ne sais plus | si tu le sus | oui, sans doute | bien même si je le lus | un jour | sur un écran quelconque | où ces choses là ne sont que rarement précisées | en effet dit-elle | elle ici, subrepticement, comme elle se le doit | toujours elle | encore une fois | et l'obreptice ici? lis-je | il viendra assez tôt | en son droit comme il se le doit | lui aussi | oui | d'entre ces pipes tubées | encore elles | oui, en une répétition leur | ainsi que ceci, d'une élégie seconde de celui dont nous ne saurions être les hommes, n'étant encore assez proches : 'un monde non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui fait blague de tout. Et qui enfin ne se demande pas encore anxieusement si c'est grave, mais qui inquiet, se demande déjà si c'est bien amusant.' | 

 

                                                                                                                -- les blagues de ce monde heureux, qui transpire la joie | oui, ne sommes-nous pas de gais larrons | si je le lis | c'est que je l'ai écrit lis-je | tomas et george désormais | thomas-georges | ou la parole obscure | équivoque | que d'aucuns dirent désastrale | beau mot que cet astre du désastre | qui n'est plus à venir | et georges-thomas dit : --

 

                                                                je suis ancien, l'ai toujours été | le fut sans cesse | notre jeunesse n'étant que prémisses à confessions | celles des cinquante années | de la cinquantième révolue eut dit ce cher Charles | et dont je me sais incapable | n'étant pas disposé à l'atteindre, cette lointaine année | celle qui ne cessera de m'échapper comme il était certain qu'elle lui échappât, s'il n'eut pas compté sur elle, cette jeunesse, sienne, pré-miction de ses confessions rêvées, qui ne furent qu'en annonces de ce qu'elles ne seraient jamais, faute du temps d'un projectile d'acier | sifflant au-dessus des boues de Somme jusqu'en une tête | pleine des confessions à venir | sans pacte, surtout pas |

 

l'acier réfractaire se réfracta | et nous l'avons

mangé | en une salade de betteraves |

 

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