Charles Pennequin et Armée Noire

sarkozy

Le méchant petit monsieur naze

03/11/2008 - 00:56

François est à genoux sur le tapis du salon et il joue avec ses Légos
il va bientôt devoir les ranger parce que sa maman prépare à manger
alors François redoute le moment où cette maman va hurler A TABLE
lui il veut pas manger tout de suite il veut continuer à jouer au western avec ses Légos
la télé est allumée  car François attend son dessin animé
dans la télé il y a un petit monsieur qui parle mais François ne comprend rien à ce qu'il raconte
François n'aime pas beaucoup ce petit monsieur
parce que son papa il râle tout le temps quand il le voit dans la télé
son papa se met à crier fort quand le petit monsieur parle
au début François avait peur alors sa maman lui a expliqué
son papa il crie parce que ce méchant petit monsieur dit que des âneries et la France va mal à cause de lui

mais François il se fiche bien de ce que le méchant petit monsieur raconte
François il attend son dessin animé
il veut pas aller manger
il a pas faim en plus
François sent que sa maman va hurler A TABLE d'une minute à l'autre
il redoute ce terrible hurlement qui lui glace les os
François il préfère jouer avec ses Légos Cow-Boys
il aime bien les Cow-Boys François
le méchant petit monsieur qui met la France en désordre il a l'air naze à côté de Clint Eastwood
François il aime pas quand son papa se met à crier fort
il aimerait que le méchant  petit monsieur se fasse péter la tronche par Clint Eastwood
des fois François fait rebondir ses figurines Légos contre le mur en faisant croire que c'est le méchant petit monsieur naze
ça le fait rire
mais ça fait pas rire sa maman
elle le gronde parce qu'elle dit que ça abîme la tapisserie
du coup François fait ça en cachette
quand sa maman écrase la soupe avec le mixeur pour pas qu'elle entende

dans la télé le méchant petit monsieur est parti
maintenant c'est la publicité
François aime pas la publicité
il trouve que ça sert à rien et en plus ça coupe ses dessins animés alors crotte il en a marre
Clarisse elle aime bien la publicité
mais François il dit qu'elle est naze cette Clarisse
pas aussi naze que le petit monsieur qui sait rien faire quand même parce que c'est sa soeur
sa soeur Clarisse elle va tout le temps faire les courses avec sa maman
c'est parce que sa maman lui achète les poupées qu'elle voit dans les publicités
du coup ça énerve François parce que lui on lui achète jamais rien

mais de toute façon il s'en fout François
à force de manger la soupe que sa maman écrase dans le mixeur
François deviendra grand et costaud comme Clint Eastwood
ou comme Popeye le marin qui mange des épinards
François aime bien Popeye le marin parce que c'est un héros qui pète la gueule au méchant Brutus
Brutus c'est un gros naze comme le méchant petit monsieur
du coup le jour où il sera fort comme Popeye et Clint Eastwood
François sera le roi du monde
et il pourra casser la gueule au méchant petit monsieur naze qui fout le bordel dans la France
comme ça son papa pourra enfin regarder la télé sans crier comme un malade

A TABLE

horreur
ça y est le glas a retenti
François range ses légos à contre-coeur
il éteint la télé alors que son dessin animé vient de commencer
à chaque fois c'est pareil
quand il est à table avec son papa et sa maman il doit regarder les informations
François n'aime pas les informations car on y voit que des choses pas marrantes
et y'a le méchant petit monsieur naze qui vient souvent parler
François espère que le méchant petit monsieur naze ne sera pas encore dans la télé
il aimerait bien que ce soir son papa n'aie pas besoin de crier fort.

essai de texte sur la politique de l'intime

22/06/2008 - 11:40

 

Sarkozy c’est le politique contre soi, le politique pour la politique de la fermeture et du recours à l’identitaire. Qu’est-ce que l’identité ? un mot galvaudé, repris par les culs de jatte de l’esprit, les cafouilleurs en sensations et les politiciens qui pensent au rabais. Pour parler de l’identité il faudrait déjà parler de ce que c’est que l’expérience, de ce que c’est que l’intime. L’intime est l’expérimental de soi, c’est une imitation aveugle de ce qui nous vient de partout. Nous sommes d’énormes capteurs à sensation, nous sommes de vraies baudruches vides qui ne demandent qu’à se remplir de savoir. Mais lorsque nous parlons de nous-mêmes, lorsque nous y allons de notre petite expérience de vie et lorsque nous nous abandonnons à notre biographie, nous faisons injure à ce qui nous est intime. L’intime ne passe jamais que par des choses trafiquées, car l’homme depuis qu’il n’est plus singe est dans son devenir technologique, quoiqu’il fasse. L’homme utilise la parole et cette parole, cette voix toute spéciale, ce faux grain de voix, cette langue qu’il dit toute personnelle ne lui appartient en aucune manière. La parole est la première invention, la machine première qui lui fit se détacher du naturel. Ce n’est pas forcément glorieux, mais tout appel à un retour à la chose naturelle est une même aberration que les replis douteux dans la communauté et dans la chose identitaire. Aujourd’hui, il n’y a pas plus intime que ce qui sort par la bande et qui nous vient d’une absence momentanée de notre corps en propre. Propreté et identité sont des mots abjects qui n’ont rien à voir avec ce qui nous touche au plus profond de nous-mêmes. L’intime est externe, l’intime ne vient pas de soi, l’intime est l’anti couverture à soi, l’anti repli, mais plutôt le perméable qui nous vient du dehors, par toute la vie au dehors. Pas d’intime en soi, sinon porté par dehors, habité par dehors et habillé par l’autre. L’autre est porteur de notre intime. L’autre en tant que parleur et écouteur et vivant nos expériences, l’autre nous rapporte à nous-mêmes mais par des chemins de traverse, des chemins détournés, par les objets diversifiés de la parole (et qui, certes, sont aussi utilisés pour la communication et les appels aux replis identitaires du monde politique et médiatique). L’intime passe finalement mieux par la trame des objets qui servent à nous prémunir de l’identité, c’est par-là que va passer l’expérience réelle de soi et non par ce qui sort réellement d’un soi qui serait le trou, le vide expérimental. Soi est le saut dans le vide et dans l’absence d’identité, soi n’est pas dans la question de l’identité, l’identité est une chose imbecile qui ne traverse rien, soi est plutôt dans la traversée nomade de tous les corps, corps de paroles et d’affects et corps de présences multiples, corps de temps et corps d’absences à tous les niveaux, tous les niveaux de l’absence se conjuguent pour former l’être, tandis que l’identité est un faux plâtre qui fait croire à la personnalité. Il n’y a pas de personnalité, il y a des absences conjuguées qui forment un individu, des absences et des étirements, des impossibilités et tout un tas de surprises qui font bondir son esprit hors de la communauté, tout un ensemble de mystères et de sursauts qui arrivent dans l’existence, les étrangetés le travaillent, la bizarrerie le questionne, c’est tout cela qui peut façonner l’individu plutôt en quête de ce qui ne lui appartient pas que ce qui lui est proche, c’est-à-dire identitaire. L’identité est l’appauvrissement, le vieillissement, tout ce qui rassemble identitairement est un vieillissement irrémédiable. Mais pour contrer l’identité ce n’est pas nécessaire de manger autrement, ça se fait seul et dans l’absence de repaires trop inscrits, trop guidés par des adultes en mal d’inspiration (identitaires ?). Il suffit juste de laisser traîner des livres parfois, pour que l’étrangeté nous vienne. C’est là le problème d’aujourd’hui, c’est de faire croire qu’il faut emmener l’autre à sa pauvreté pour qu’il change. L’autre au dehors, l’autre dans son autre est aussi pauvre et ce n’est pas forcément là, dans l’attouchement et dans un réel trafiqué d’apparences que l’on va rencontrer la bizarrerie de soi, le vide de quelque chose qui nous attire et nous forme, c’est aussi par les signes indistincts que l’on s’accroche, par un débordement de signes, de paroles, de noms, de vitesses différentes, de sons que l’esprit voudra manquer de souffle. L’identité est un souffle coupé, parce que trop dans son souffle personnel, un ratatinement de la luette, un essouflement rapide et des idées sans consistance, tandis que soi apprend à perdre le souffle parce qu’il saute dans le vide. Les communautés sont ce qu’il y a de pire pour la jeunesse qui ne demande qu’à vivre, c’est-à-dire à sauter dans le vide de l’autre. Et l’intime du politique alors ? Et l’intime de Sarkozy dans tout ça ? C’est comme les mauvais romans autobiographiques. C’est comme les mauvaises pièces de théâtre avec tout le tremblement dans le grain vrai de la voix nue. La voix vraie et nue de Sarkozy n’est pas encore pour demain. La voix vraie du papa-razzy président. Ne faisons pas confiance à cet homme qui, plus qu’un autre, joue avec son intime, car ce n’est pas ça l’intime. Beckett nous l’a montré avec la Dernière Bande. C’est la machine qui explose et déraille et l’être est dénué face à cet intime furibard. Mais ce dialogue dans l’énervement le construit plus qu’il ne l’abime. L’être Beckettien est en forme, contrairement à nos clônes politiques, car l’épuisement de ses personnages forment la trace d’une vérité à l’existence, une vérité que tous les discours politiques et les replis identitaires nous dissimulent.

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