Charles Pennequin et Armée Noire

identité

L'ERREUR esT ERRORISTE

10/10/2010 - 10:00

L'errorisme est un mouvement regroupant des personnes ne souhaitant pas intégrer le système. Errorisme vient du mot erreur; le système considérant que toute personne ne le respectant pas où ne rentrant pas dans le moule est une erreur, les ...militant erroristes acceptent et revendique ce rejet de leur comportement par le système. Le concept d'errorisme nous vient d'Argentine.

Le système capitaliste a été et continue d’être la plus grande erreur dissimulée en succès. Il manipule et organise l’Erreur pour son propre bénéfice, déguisant systématiquement les erreurs en succès et les succès en erreurs.
Les équipements erroristes sont là pour sauver l’humanité de l’utopie de la machine parfaite.

L’erroriste, ses pertes, ses profits

L’erroriste parle tellement pendant les infos qu’on sait jamais ce qui se passe.
L’erroriste est souvent insomniaque mais s’endort toujours devant la télé.
L’erroriste est fortuné, et se paye le luxe de refuser un CDI. L’erroriste est en verve, et refuse sans motif un CDI.
L’erroriste est réfléchi, et fait délibérément demi-tour au milieu de la rue.
L’erroriste est débrouillard, et membre d’associations fictives aux subventions réelles.
L’erroriste est travailleur, et n’hésite pas à remettre vingt fois la grève sur le métier.
L’erroriste est vigilant, et se garde bien d’être rentable.
L’erroriste est increvable, et il est des millions.
Un erroriste peut faire le printemps.

Aphorismes erroristes

Les erroristes pratiquent l’égarement délibéré, et inventent sans cesse de plus belles et de plus fatales erreurs.
Comme autrefois les Chevaliers de la Désoeuvrance, les erroristes travaillent à votre perte, à votre perdition : mais au lieu de changer le nom des rues, ils changent les rues de place.
L’errorisme n’existe pas.

Erreurs célèbres

« La vérité d’un homme ce sont ses erreurs. »
(Picabia)
« L’erreur est la condition de la vie, je veux dire l’erreur foncière. Savoir que l’on erre ne supprime pas l’erreur. Ce n’est rien d’aimer. Il nous faut aimer et soigner l’erreur. »
(Nietzsche)
« Où manque un bien réel, la douce erreur abonde. »
(Delille)
« Il faut que l’erreur de l’avenir nous soutienne. »
(Rosa L.)
« Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes : Tous les biens du monde sont à nous. »
(La Fontaine)
« Les erreurs sont les portes de la découverte. »
(Joyce)
http://cequilfautdetruire.org/IMG/jpg/P08-09-Remi-erroriste.jpg

Manifeste Erroriste
Roland Topor (in Topor, l’homme élégant, 2004)

Le Manifeste Erroriste
Se propose en peu de mots
D’encourager les artistes
A travailler dans le faux

Davantage que le Rire
L’Erreur est d’essence humaine
Il faut donc nous réunir
Pour exploiter cette veine

Faisons pâlir les comiques
Bornés par la vérité
Construisons une esthétique
Basée sur la fausseté

Ainsi dans ce court poème
Un vers contient trop de pieds
Lequel ? Non cherchez vous-même
Il s’agit d’un pied de nez

Première déclaration erroriste

L’Errorisme base son action sur l’idée que l’erreur est le principe ordonnateur de la réalité.
L’Errorisme est une philosophie trompeuse, un rituel de la négation, une organisation désorganisée. Le quiproquo comme perfection, l’erreur comme réussite.
Le champ d’action de l’Errorisme embrasse toutes les pratiques qui tendent vers la libération de l’être humain et du langage.
Confusion et surprise - Humour noir et absurde sont les outils préférés des Erroristes.
Les lapsus et les actes manqués sont un délice erroriste.

Sources : http://cequilfautdetruire.org/spip.php?article1046 ; http://fra.anarchopedia.org/Errorisme

 

 

L’ERRORISME est un succube du mouvement protéiforme baptisé Etcetera, mélange réjouissant d’activisme urbain, de performances frondeuses, de théâtre de rue et de chômage heureux.

 

Né à Buenos Aires, cet artefact trop humain parie sur une rapide propagation de son joyeux bordel.« Les Erroristes argentins envoient leurs cordiales salutations aux jeunes erroristes d’au-delà des mers qui mettent le feu aux quartiers appauvris de la France."

 

WALKÜRIE RÖDEÖ

01/04/2010 - 13:34



WALKÜRIE RÖDEÖ

 

 

 

Ces pin-ups ont la particularité d’avoir leur œil à l’intérieur d’un tube, lorsqu’une menace s’approche l’œil sort en s’invaginant avec une telle violence qu’il aspire le prédateur en son sein, avant de refermer sa surface sans une seule soudure résiduelle. Bouffi au bout du tube, la substance oculaire se contractant si fort pour broyer l’aliment que la pupille semble se lever par spasmes, l’œil ne peut redescendre qu’une fois la digestion terminée et comme il ne possède pas d’anus il s’ouvre à nouveau plusieurs fois et rejette. Certaines ont les yeux si ronds qu’ils peuvent rouler de leurs tubes et circuler en dehors.

 

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Des quatre rues qui convergent sur la place arrivent des chars, les CRS sortent leurs scabies-ball. Le fusil tire des scabies qui déterminent une gale en creusant dans l’épiderme des galeries où elles déposent leurs œufs : à ses points de rassemblement la foule brusquement dégoûtée par quelques congénères galés s’en recule et s’éparpille.

 

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Les pin-ups survolent en Harley-Davidson la manifestation, du bout de leur lance elles désignent ceux qui ont les plus beaux culs ou la langue la plus rapide, le nuage de gaz lacrymogène traversé par leur laser pour y former un canal d’air conducteur et, une fraction de seconde après, une puissante mort est envoyée vers la cible à travers ce canal. Les meilleurs tombent. Brûlés, perforés, matraqués, scabiesés, bidouillés du poumon ou égorgés, grenadés. Lorsque les ailes de sa moto s’écartent pour accrocher l’air ferme autour d’elle la jeune demoiselle vient se poser, son enveloppe charnelle serre si étroitement la force qui est en elle qu’elle semble prête de craquer et libérer un char d’assaut ou un jet, pourtant elle s’agenouille aux côtés du révolutionnaire mort, appose sa paume sur son front qu’elle relève, sans effort ni appui, et entraîne jusqu’à la moto, qui les emporte.

 

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Je fais le mort. A mon contact la paume se dissout <je me perméabilise> pour se retendre sous mon front. Sa peau s’assemble à une densité venue de mon crâne. Elle m’asseoit sans que j’ai à m’accouder, mais le plus difficile pour moi est d’avancer en glissant sur la pointe des pieds, si le sol reculait, sans essayer de me rattraper et faire un pas.

 

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La citadelle immense, pour garder une certaine forme malgré la pression exercée par la gravité terrestre et protéger ses bâtiments qui gonflent et s’affaissent comme des organes, s’est constitué une charpente animale rigide, articulée, un squelette auquel se tendent les muscles. Un stade empli de pin-ups, à peine ses flancs se déchirent le quartier entier pivote à la verticale, sur lui, afin de l’accompagner dans son écroulement, s’entrouvrant ainsi lui-même en masse avant de se réajuster confortablement pour son sommeil tandis que le reste de la ville reste parfaitement fixe et inébranlé. Elle peut ainsi se redisposer sans garder dommage des bombardements et typhons qui la traversent constamment, musculeuse elle n’a pas l’aspect d’une montagne de muscles toute cette harmonie maintient sa colossale stature se révéler la bondir le Grand Soir.

 

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Vêtu de voiles courts et transparents, la poitrine maintenue par un soutien-gorge barbelé et des bas résille en maille d’acier, sa longue et souple chevelure tombant sur les épaules est alors tirée, nattée pour ne pas gêner le maniement des pénis, le vieillard barbu et borgne préside la table armé d’une lance, il boit et donne ses doses de viagra aux deux loups à ses pieds tout en inspectant chacun des convives que lui amènent les pin-ups par les 540 portes de la salle, pris de folie pour certains de nos costumes qu’il essaye immédiatement, enfourchant son Mig à huit ailes au nom du « Sang des ouvriers en colère » une casquette frappée de l’étoile rouge à l’allongée du bras, nous le saluons en retour dans un étalage de force brutale et sociale, puis nous continuons avec les pin-ups qui nous charment en nous remettant des décorations à l’effigie de roues dentées et machettes, poing noir, capsules Vostok, globe mondial, Kalachnikov, gerbes de blé, bombe H, compas, pinceaux, faucilles, marteaux, et les mélodies aux accents si troublants –« Avanti o popolo, alla riscossa, bandera rossa (bis) » ou « Que Faire ? »- qu’elles nous perdent toute agressivité et nous cessent toute défense devant le vieux qui vient nous chercher.

 

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Tout se passait donc pour le mieux, sauf que mes compagnons de banquet funkaient la mort, et que les pin-ups devaient sans cesse les faire se laver. Des petites cages de bain étaient ainsi pratiquées dans le sol, par lesquelles on les descendait ou poussait lorsqu’ils refoulaient trop. Quand j’ai commencé à comprendre les de telle sorte que du pourquoi du comment, avec toutes les mines fléaux biologiques guillotines pressoirs seringues hypodermiques garrots poires d’angoisse faux cocktail Molotov cigarettes-revolvers sas de décompression crochets de boucher qu’on vénère ici, sur des petits autels –avec coussins cadeaux et un antivol-, j’ai trouvé qu’il serait bon que je cache des morceaux de poulet sous mes aisselles. Après quelques jours on m’a invité à descendre.

 

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L’eau s’arrête de couler et c’est l’évier qui semble s’allonger sous la pression, happé par le silence je me redresse en m’accoudant au bord de la baignoire, suivant les surfaces métalliques mastiquées ou pompées de l’intérieur, après un réarrangement constant et infime entraînés les volants l’obturateur le tube, être pissés d’un jet court, penchant la tête vers mes genoux que je relève m’apprêter à sortir lorsque la force de déformation est suffisante pour arracher l’évier à la baignoire, soudain tiré à la verticale sous l’effort de câbles qui l’auraient marionetté de plus haut que le plafond, comme sur des jambes par manque de densité osseuse monte en se contorsionnant sur ses deux conduites d’arrivée d’eau, tandis que le pommeau de douche s’élance à la perpendiculaire si vite qu’il ne peut s’empêcher de pivoter lorsqu’il atteint toute sa longueur, balayer la surface du plafond.

Comme il est plus facile d’entraîner chaque mur en faisant propager une série de petites bosses plutôt que de les tirer ensemble, la tuyauterie a des contractions, la zone d’arrachement s’étendant ainsi à chaque sollicitation, le déplacement des dislocations se faisant par palier net aisément situable, jusqu’au point d’effondrement –assis dans ma baignoire au milieu de la rue– autour dissipé le bâtiment la plomberie seule se lève au-dessus de moi, puis roule en arrière, puis revient à moi.

Le choc donnait naissance à des échos en forme de taupinières sur la partie supérieure et les arètes de l’immeuble voisin, la tuyauterie s’animait avec une si grande force sous la façade que celle-ci ne pouvait s’empêcher d’accompagner cette circulation, et lorsque d’un mouvement lent de tout l’immeuble –s’essorer– elle le craqua à son tour, se fut en s’écoulant et pour ainsi dire brancher ses tuyaux à la première libérée, qui s’en trouve renforcée et d’assurer son équilibre commence à marcher.

Alors que ce mouvement forçait les tubes à décrire entre eux des tressages dont le dessin se modifie à chaque seconde selon la traction, le cisaillement, les cassures, des contrepoids les élevaient tout à coup aussi haut qu’il se pouvait, les repoussaient vers l’extérieur puis les rabaissaient, l’approche de la tuyauterie animant les canalisations qui entrent dans son périmètre la rue déchirée de profondes crevasses, les côtés de chaque immeuble semblant reliés entre eux par un arbre sont poussés et tirés alternativement, avant, au moment où les pompes transmettent un ultime mouvement mécanique, rotatif ou rectiligne, d’être vidés par succion de leur plomberie, et sombrer.

 

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Prisonnier au haut d’une tour dans un appartement en train de se vider pour la circonstance. Le plafond en petits groupes a des tentacules qu’il déploie jusqu’au sol, entourés d’une musculature longitudinale et d’une musculature circulaire –il s’enroule en s’allongeant et se rétracte en balayant tout le tentacule semble se contredire– afin d’envahir sans solution de continuité entre leurs mouvements, tandis que des bandelettes ciliées acheminent au long de leurs parois la nourriture au bec, les matières les plus grosses sont rejetées. Le sol désastre. En pieux, chiffons, éclats d’os, sommier à ressorts, carapaces de tortues, bris de verre, armures, perles.

 

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Je commence à m’échapper. Le plafond tentacule pour se nourrir.

Je commence par saisir un tuyau du radiateur en passant mon corps par la fenêtre, mais les pierres du mur suintent et à peine appuyés mes pieds en glissent, je préfère m’attacher au radiateur et faire des nœuds au long de mon corps, selon la méthode traditionnelle on fait une boucle qu’on appelle le puit et le serpent sort du puit, fait le tour de l’arbre avant de rentrer dans le puit, mais ces nœuds tiennent par tension et se desserrent facilement dès qu’ils n’ont plus mon poids, particulièrement où je noue des membres de dimensions différentes –ma hanche à ma cheville– à la moindre bourrasque c’est l’échevellement –tendon, os, veine, poisson, rembourrage, graisse, prothèse– aussi me faut-il me faire une boucle d’un côté avant de me saisir à pleine main de l’autre et me croiser alternativement à tous les éléments de cette boucle, jusqu’à ce qu’il me soit possible de m’y asseoir pour me hisser ou descendre sans qu’elle se défasse, je n’ai plus qu’à continuer jusqu’au sol, brutalement attaché à la moindre traction, autrement je coulisse bien à la main, me contentant par de beaux accroche-cœurs d’écarter un membre abîmé qui raccourcissent mon corps, sans le couper. A terre en virant au coude et à la paume je prends le temps de bien me lover autour de mon avant bras, enroulé de telle sorte que ne m’emmêle ni me tords, et une fois plié je me sauve en longeant les murs.

 

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Lorsqu’elles ne partent pas en manif, elles se plaisent à parcourir le pays sous l’apparence de filles-cygnes, on peut les voir se réunir autour d’un lac et quitter leur plumage, en chantant « L’aiga de rosa te fera morir, pecaire… ». Je suis le malin qui en profite pour le dérober à l’une d’entre elles et peux dès lors m’en faire obéir, l’agenouiller sans défense, la tenir dans l’obligation de me subir comme j’ai éprouvé son patron.

essai de texte sur la politique de l'intime

22/06/2008 - 11:40

 

Sarkozy c’est le politique contre soi, le politique pour la politique de la fermeture et du recours à l’identitaire. Qu’est-ce que l’identité ? un mot galvaudé, repris par les culs de jatte de l’esprit, les cafouilleurs en sensations et les politiciens qui pensent au rabais. Pour parler de l’identité il faudrait déjà parler de ce que c’est que l’expérience, de ce que c’est que l’intime. L’intime est l’expérimental de soi, c’est une imitation aveugle de ce qui nous vient de partout. Nous sommes d’énormes capteurs à sensation, nous sommes de vraies baudruches vides qui ne demandent qu’à se remplir de savoir. Mais lorsque nous parlons de nous-mêmes, lorsque nous y allons de notre petite expérience de vie et lorsque nous nous abandonnons à notre biographie, nous faisons injure à ce qui nous est intime. L’intime ne passe jamais que par des choses trafiquées, car l’homme depuis qu’il n’est plus singe est dans son devenir technologique, quoiqu’il fasse. L’homme utilise la parole et cette parole, cette voix toute spéciale, ce faux grain de voix, cette langue qu’il dit toute personnelle ne lui appartient en aucune manière. La parole est la première invention, la machine première qui lui fit se détacher du naturel. Ce n’est pas forcément glorieux, mais tout appel à un retour à la chose naturelle est une même aberration que les replis douteux dans la communauté et dans la chose identitaire. Aujourd’hui, il n’y a pas plus intime que ce qui sort par la bande et qui nous vient d’une absence momentanée de notre corps en propre. Propreté et identité sont des mots abjects qui n’ont rien à voir avec ce qui nous touche au plus profond de nous-mêmes. L’intime est externe, l’intime ne vient pas de soi, l’intime est l’anti couverture à soi, l’anti repli, mais plutôt le perméable qui nous vient du dehors, par toute la vie au dehors. Pas d’intime en soi, sinon porté par dehors, habité par dehors et habillé par l’autre. L’autre est porteur de notre intime. L’autre en tant que parleur et écouteur et vivant nos expériences, l’autre nous rapporte à nous-mêmes mais par des chemins de traverse, des chemins détournés, par les objets diversifiés de la parole (et qui, certes, sont aussi utilisés pour la communication et les appels aux replis identitaires du monde politique et médiatique). L’intime passe finalement mieux par la trame des objets qui servent à nous prémunir de l’identité, c’est par-là que va passer l’expérience réelle de soi et non par ce qui sort réellement d’un soi qui serait le trou, le vide expérimental. Soi est le saut dans le vide et dans l’absence d’identité, soi n’est pas dans la question de l’identité, l’identité est une chose imbecile qui ne traverse rien, soi est plutôt dans la traversée nomade de tous les corps, corps de paroles et d’affects et corps de présences multiples, corps de temps et corps d’absences à tous les niveaux, tous les niveaux de l’absence se conjuguent pour former l’être, tandis que l’identité est un faux plâtre qui fait croire à la personnalité. Il n’y a pas de personnalité, il y a des absences conjuguées qui forment un individu, des absences et des étirements, des impossibilités et tout un tas de surprises qui font bondir son esprit hors de la communauté, tout un ensemble de mystères et de sursauts qui arrivent dans l’existence, les étrangetés le travaillent, la bizarrerie le questionne, c’est tout cela qui peut façonner l’individu plutôt en quête de ce qui ne lui appartient pas que ce qui lui est proche, c’est-à-dire identitaire. L’identité est l’appauvrissement, le vieillissement, tout ce qui rassemble identitairement est un vieillissement irrémédiable. Mais pour contrer l’identité ce n’est pas nécessaire de manger autrement, ça se fait seul et dans l’absence de repaires trop inscrits, trop guidés par des adultes en mal d’inspiration (identitaires ?). Il suffit juste de laisser traîner des livres parfois, pour que l’étrangeté nous vienne. C’est là le problème d’aujourd’hui, c’est de faire croire qu’il faut emmener l’autre à sa pauvreté pour qu’il change. L’autre au dehors, l’autre dans son autre est aussi pauvre et ce n’est pas forcément là, dans l’attouchement et dans un réel trafiqué d’apparences que l’on va rencontrer la bizarrerie de soi, le vide de quelque chose qui nous attire et nous forme, c’est aussi par les signes indistincts que l’on s’accroche, par un débordement de signes, de paroles, de noms, de vitesses différentes, de sons que l’esprit voudra manquer de souffle. L’identité est un souffle coupé, parce que trop dans son souffle personnel, un ratatinement de la luette, un essouflement rapide et des idées sans consistance, tandis que soi apprend à perdre le souffle parce qu’il saute dans le vide. Les communautés sont ce qu’il y a de pire pour la jeunesse qui ne demande qu’à vivre, c’est-à-dire à sauter dans le vide de l’autre. Et l’intime du politique alors ? Et l’intime de Sarkozy dans tout ça ? C’est comme les mauvais romans autobiographiques. C’est comme les mauvaises pièces de théâtre avec tout le tremblement dans le grain vrai de la voix nue. La voix vraie et nue de Sarkozy n’est pas encore pour demain. La voix vraie du papa-razzy président. Ne faisons pas confiance à cet homme qui, plus qu’un autre, joue avec son intime, car ce n’est pas ça l’intime. Beckett nous l’a montré avec la Dernière Bande. C’est la machine qui explose et déraille et l’être est dénué face à cet intime furibard. Mais ce dialogue dans l’énervement le construit plus qu’il ne l’abime. L’être Beckettien est en forme, contrairement à nos clônes politiques, car l’épuisement de ses personnages forment la trace d’une vérité à l’existence, une vérité que tous les discours politiques et les replis identitaires nous dissimulent.

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