Charles Pennequin et Armée Noire

bureau

un poécit

15/06/2009 - 13:37

il tentait, cette fois encore, de parler en moi. qu'il puisse chercher à me cerner ainsi, et ceci sans jamais m'atteindre, restant à jamais dans ce processus qu'il entretenait depuis un certain temps déjà, ne semblait pas lui venir à la bouche.

-tu n'y arriveras pas lui lis-je.

il ne me répondit. sous sa langue se cachait une chose que j'eusse voulue présente.

-elle ne se présentera pas à toi | une langue ne cache rien.

sans doute cela dut commencer par quelques touches d'un clavier - ou quelque idée d'une matière spongieuse d'un crâne trépané de sons, de certains goûts, d'images d'un flux visuel à deux vitesses, d'une bouche puante de sa langue grouillante de bactéries cafféinicotiniques - posé sur
une surface plane et relié à un écran de pouces suffisants à ce que ceci puisse être lu.

-je ne vois qu'un écran | une page.

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-les récits ne sont pas son fort. jamais il ne m'a conté une histoire dont je me souvienne, du moins pas entière. il aimait par dessus tout des commencements qu'il se plaisait à rabibocher entre eux par des liens qu'ils n'avaient jamais entretenus jusqu'ici | là.

dans ce rapport, entrons. mr.sidoli était à son fauteuil d'où son écran, n'ayant d'autre alternative, luminiscait sur le rien de commencé qu'il était. "tout poétient se poécite. se poécite tout poétient. se poétient tout poécite. tout poécite se poétient." l'énoncé était à la mode, à bruxelles, à la fin du venticento dans la cavité vocale de sidoli. qu'il serait tout à fait beintôt incapable de dire en fin, et ceci dans une chambre qui avait sans doute appartenue à certains de ces prédécesseurs, ne le bougea point de son fauteuil. se poécitant en poétient toute une après-midi ne lui laissait pas le temps de penser à ces considérations qui se pouvaient penser plus pressantes, à d'autres que moi, si bien qu'il ne bougeât de son écran.

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de l'eau bouillait; une odeur de pain grillé commençait à se faire sentir; frôlait le bord d'une tasse avant d'y toucher le fond un sachet de thé vert; la surface d'une plaquette de beurre se liquifiait au-dessus d'un radiateur en fonte blanc qui longeait le mur extérieur d'une cuisine où un propriétaire fort économe avait aussi installé une cabine de douche d'où mladen sortait, frissonant un peu de la différence de température d'entre sa salle d'eau et sa cuisine. debout, sur un tapis de douche parme que sa grand'mère lui avait légué, il prit la serviette qui reposait sur la table de cuisine. bien qu'il disait la table, il s'agissait plutôt de deux planches de contre-plaqué noir qui tenaient en un équilibre un peu désiquilibré sur deux tréteaux eux-aussi noirs. les deux planches formaient une sorte de crête au milieu de la table, si bien qu'entre le sol de carrelage gondolé, les murs en plaquos construits à la va-vite, il n'existait dans la cuisine aucune surface plane depuis le début de liquification de la plaquette. mladen se séchait quand il entendit deux ploufs rapprochés. ces bruits venaient des toilettes qui étaient installés dans une petite pièce qui longeait l'arrière de la cuisine-salle d'eau. ils étaient le résultat de l'alimentation haute en fibre que son amie suivait et lui faisait endurer. mladen se rappelait qu'il avait longuement protesté lorsque ce régime lui avait été imposé. ses protestations ne durèrent guère longtemps. en produisant ce que mladen et son amie appelaient des "perfects", des parfaits, c'est-à-dire des scelles bien formées qui glissaient hors de l'anus tels des pistons bien huilés, leur consommation de papier hygiénique avait fortement baissée. c'est que les perfects ne laissaient aucunes traces sur le pourtour de l'anus, ce qui ne nécessitait que quelques feuilles pour essuyer, entre deux et quatre selon l'ampleur des repas précédents. c'était beaucoup moins que les dix à quatorze feuilles nécéssaires pour nettoyer la purée anale que laissait un régime moins fibreux. d'après ses calculs, cela économisait un rouleau de pq par semaine, ou quatre par mois, ce qui équivalait à un paquet de quatre rouleaux lotus fine fleur de couleure blanche, soit une économie de 3.22E, ce qui, sur l'année, cumulait à un faire valoir de 38.64E soit six paquets de tabac gauloise brun à rouler et 24 cents en poche.

mladen, s'étant essuyé l'eau du corps, prit sa tasse de thé vert que lui avait préparée tanya. "alors, c'est des perfects", "oui hihihi!".

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ce qu'il aime, c'est la banalité d'une scène de matin: un journal, un café, une serveuse mal lunée, la rosée le printemps, la fraîcheur l'été, avec des passants pressés, des conducteurs énervés, la petite qui le regarde tous les matins en chemin avec sa mère pour l'école, comme elle voit tout ce qui fait partie de ce chemin, c'est-à-dire l'illusion que les choses sont pareilles à hier et la semaine dernière et ainsi de suite, jusqu'au jour où cette petite ne le verra plus. il se demandait, à chaque passage de cette enfant, quel serait l'effet de ne plus le voir, un matin en chemin à l'école; quelle faille cela pourrait produire dans cet esprit aux impressions encore chaudes comme la cire d'une vieille enveloppe juste cachetée à l'instant, venant d'être pliée, et la cire au lieu de refermer le pli, tout à coup l'ouvrant sous une nouvelle impulsion chaleureuse d'un signe présent ayant disparu. il y pensait, puis se dit qu'il n'en saurait jamais rien.

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sidoli, toujours assis, vit tanya passer et pensa à mladen. il était 15h31.

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mladen et son paquet de feuilles rizla original (à suivre)
 

Plan de carrière

02/11/2008 - 21:11

Dans la salle de pause
on parle des arabes qui brûlent
les chats
il y va le moins possible
pour remplir son gobelet de café
la caféine solidifie le temps dans ses veines
ce qui présente l’avantage de lui rappeler
le nombre d’heures qu’il reste à tirer
l’inconvénient
c’est qu’il doit parfois s’enfermer
dans son bureau
pour taper dans le vide
en inventant des nouvelles formes
d’insultes
avec la prime de Noël
il pourra s‘acheter un sac de frappe
ce qui lui permettra de prolonger son CDD
sans risque majeur

 

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