Charles Pennequin et Armée Noire

terminal

un début de terminal

20/08/2009 - 17:32

voilà, tu es entré dans un terminal. un terminal, pas une phase, un terminal où se tapent des mots, des commandes, où se lisent des mots, des chiffres, des résultats de commandes, dans un terminal tu es entré et je suis là avec toi. je t'ai suivi, ici, dans un terminal, malgré moi. ce qui m'y a amené, je n'en sais rien. pour l'instant je me laisse guider par toi. du moins, je n'ai d'autre choix que de me laisser guider.

à part ce qui vient de se passer, je ne sais pas pourquoi je suis ici, ni à cause de qui. tu es là, moi aussi, et je ne sais comment. il suffit de demander who, il suffit de taper qui, en anglais, c'est-à-dire who.

[tsidoli@arch ~]$ who
tsidoli tty1 2009-08-17 14:12

je ne sais ce que cela veut dire. il semblerait que tsidoli soit à l'origine de tout cela. on a ouvert et nous voilà ici, dans un terminal. un écran, relié à un clavier, voilà ce qu'est un terminal, un écran, un clavier, et un processeur sous le clavier. et une connection internet. bien que la connection ne soit pas utile. sauf pour aller chez des gens, dans leurs écrans à eux. pour voir ce qui s'y passe. pour voir leurs petits secrets, à eux. qui sont sans doute pas si éloignés des notres. des petits secrets de baises, de la voisine qu'on baise de temps à autre, du petit amant de notre amie. et en plus on le sait. tout le monde sait qu'on baise tous derrière le dos des autres. mais on fait semblant, on fait comme si on voyait rien, comme si on était aveugle, alors qu'on a reniflé tout ça de loin, et qu'on n'a rien dit. on se tait, car l'autre aussi sans doute a reniflé ce qu'on fait. que c'est mieux de se taire pour mieux continuer de notre côté. et puis l'amie de toute façon on la saute aussi beaucoup, à la maison, alors faut bien qu'on s'amuse en dehors. faut bien que chacun ait ses petits secrets. pour pouvoir se faire sucer ailleurs, par des bouches différentes, des belles bouches d'hommes avec des mentons qui grattent les boules, ou des belles bouches à grosses lèvres de la pute du coin, ou de la voisine, ou de l'amant qu'on a rencontré sur facebook, ou myspace, ou dans la rue, au sauna. c'est fou tous les endroits où l'on peut rencontrer des gens pour baiser. les jeunes, ils pensent qu'il n'y a qu'internet pour tout ça. ah, s'ils connaissaient les parcs, les rencontres qu'on se peut faire derrière un bon vieux buisson. mais je m'égare. tu t'égares dans ton terminal.

on est dans un écran. dans un écran il y a un terminal et on est dedans. tu sais que dire qu'on vit dans des écrans je ne suis pas le premier à le lire. mais tu dis c'est pas un écran comme les autres, avec des images, avec des paroles prédigérées, remachées et crachées aux oreilles des passants, des gens en fauteuil à la maison, des gens dans des trains avec des petits écrans portables. non, ici on est dans un écran qui est un terminal. c'est pas pareil tout de même, c'est pas la même chose que de tenir les commandes. un petit temps de commandes, loin des commandes subies des journées banales que tu vis. tous les jours des commandes, à préparer au magasin, à expédier à la poste, à prendre au téléphone, à taper sur un écran dans un document xcel pour la base de donnée du patron, des commandes à passer aux fournisseurs, des commandes du conjoint à faire le ménage, et puis, en fin de journée, mes petites commandes à moi, mes petites commandes de terminal, que tu tapes plus vite que tu n'écris. des petites commandes toutes simples, pour savoir qui est qui, qui fait quoi, quoi fait quoi, en quel temps, utilisant combien de ressources, pour lancer des applications, pour s'appliquer, dans des applications, comme ce bon vieux wordgrinder que tu aimes tant, j'aime bien écrire avec l'application wordgrinder dis-tu, ça utilise peu de ressources, ça fait durer ma batterie quelques heures de plus, ce qui fait baisser sa facture d'électricité de quelques cents, des petits cents qui font des euros, euro ou euros, au début, en 2001, il te semblait avoir lu quelque chose comme quoi euro était un invariable, qui ne prenait jamais de s, mais bon, tout le monde s'y est mis, au s à euro, alors je sais plus, il sait plus comment ça devrait s'écrire, et il est un peu coincé comme ça, avec les accords, un accord ça te coince toujours un peu, on veut pas paraître idiot, on veut s'accorder, avec les gens, tu veux t'accorder avec les gens pour créer un rapport, même si c'est juste par des mots, des mots que je ne prononce même pas, que je tape à l'écran, pour tes yeux, pour ses yeux, ou leurs bouches, s'ils lisent encore comme à l'école, un pe ti mot que je dis à hau te voix, comme au début, et qu'il arrivait même à lire sans brisures, sans hacher des phrases, mais que tu lisais quand même comme les autres, pour pas qu'on te pique mes billes à la récré, des billes dont maman et papa en avaient marre, parce que les billes, disait mère, c'est comme les jeux d'argent, on gagne jamais, qu'il disait père, il disait, les billes c'est comme moi au pmu, tu crois que tu gagnes mais t'as toujours déjà perdu, et puis je te souviens quand t'as lu toujours déjà dans un livre de philosophie, et j'en croyais pas tes oreilles, que père il parlait comme un philosophe, en disant toujours déjà, papa c'était un philosophe, pas celui qui jouait au pmu en buvant du blanc, non c'était comme un diogène contemporain, mais il ne comprenait pas à l'époque, il avait pas lu de la philosophie pour savoir que son père était philosophe, et puis tu faisais tes calculs le soir, avec les tickets de caisse de maman, comme un vrai petit comptable, hop tu soulignais en rouge les totaux, puis tu additionais, puis il enlevait ce qu'il ne considérait pas comme essentiel, comme les pizza surgelées, j'aimais pas ça les surgelées, alors que des fois on avait goûté à des vrais, avec la pâte maison, et les tomates du jardin, et les anchois du poissonier, et tous les ingrédients tous frais, mais c'était que quand mamie elle venait, pour l'impressioner, fallait faire du frais, et des vrais boulettes de viandes, pas celles livrées le mercredi par miko, non ce n'était pas assez bon pour mamie ça, pour vous oui, mais pas pour mamie, pour mamie lui fallait du fait maison, et frais en prime, pas du fait maison de chez miko livré le mercredi, et le chauffage pour mamie, pour mamie on coupait pas le chauffage à 19h, non mamie elle avait droit au chauffage toute la nuit s'il le fallait, et la cheminée en plus, et toi t'allais chercher le bois dans le jardin, sous la neige, sous la neige ses petits doigts tout rouges de froid, il n'y a que les citadins pour dire des doigts tout bleus du froid, d'abord c'est tout rouge les doigts tout froid, ça devient bleu que quand on est idiot et qu'on n'a pas compris ce que ça veut dire les doigts rouges, mes petits doigts tout rouges sans gants à aller chercher des bûches pour le feux du soir alors qu'il y avait déjà le chauffage, et puis faire le bisou, faire le gros bisou pour dire qu'on aime bien les gens, fait bisou, fait bisou à grand'tante, fait bisou à papy, fait bisou à maman, fait bisou à cousin léopold, fait bisou à toutou, à faire des bisous t'avais les lèvres toutes sèches, rapées par toutes les vieilles peaux qu'il se devait de baiser.

mais maintenant tu as tes petites commandes, tes commandes toutes petites et toutes faites, faites par des autres pour que je les utilise, tu les utilises parce qu'elles ont été faites par des autres sans contre-partie, ils font ça gratuitement, pour que des gens puissent s'en servir, qu'ils puissent taper leurs petites commandes le soir devant un terminal, ses yeux à l'écran, mes doigts au clavier à taper des commandes, comme tout geek, un geek, un beau geek, oui, les geeks peuvent être beaux, il y en a même qui soient belles, des belles geeks à rencontrer sur des forums de geeks, où on compare les bureaux, oh, t'as un beau bureau dit donc, un beau bureau fluxbox, ou un bureau hyper puissant, vient voir mon bureau, te me montre ton bureau je te montrerai le mien, et cette application tu l'as connait, c'est une application très légère, très performante, si tu veux on peut se la partager, je te partage mon application et toi la tienne, toi c'est wordgrinder, en ce moment c'est wordgrinder mon application préférée, elle me convient, il suffit de taper des lettres, et ça apparaît, sans besoin de choisir de polices, une écriture sans police à choisir, un écriture non policée, ni de taille, une taille de charactère unique, chaque fois unique, unique chaque fois sans police des charactères, à l'écran, dans un terminal, ton terminal est plein de mots, mes mots sont dans ton écran, dans mon écran tes mots de ton terminal, écrit avec wordgrinder, à la lettre broyeur de mots, tu broies des mots, mais aussi hacher, mais aussi grincer, mais aussi chiant, the daily grind, le boulot quotidien, et même d'autres choses aussi que de grinder, broyer des mots pour moi, tu broies des phrases à mon égard, à mon égard des mots grinçants, une syntaxte quotidienne de hachoir, maintenant tu brises les phrases, maintenant tu voudrais que ça ne vienne sans brisures, que ce soit plein de coup de hachoir, et qu'ils voient la main qui hache, alors peut-être lire leur serait une tâche sérieuse, ou du moins dans l'ordre de ses lignes, que tu répètes ici, des lignes disparues, mises à mort, après quelques années d'existence, mais sans le problème de cette souveraineté, même si avec tes petites commandes c'est aussi pour être pas comme le plus grand nombre, pour faire ton individu, pour que je ne sois pas comme les autres, comme fumer quand on a 13 ans pour pas faire comme les autres, puis arrêter à 17 parce que tout le monde fume, toujours à la recherche de contraire, de contraires pour te contraindre, te contraindre à ses contraires, mes contraintes ne sont pas les tiennes, les miennes me sont imposées, les tiennes aussi mais avec un tant soit peu plus de liberté, des contraintes du dimanche, des petites contraintes, comme des petites commandes, pour obtenir des résultats, c'est ça maintenant non le but, obtenir des résultats, mais pour soi-même, c'est pas pareil quand c'est pour soi-même, des résultats comme des petits cailloux le long d'un trottoir, pour voir où on va, tenter de suivre tout ça, des cailloux, font joujou des cailloux avec des hiboux plein de poux qui mangent des choux à genoux, une commande égal un résultat de commande, et les résultats parfois se fondent dans d'autres résultats, mais ce ne sont pas vraiment des résultats, ce sont des informations, toutes informations cessantes, pour savoir suffit de taper la commande, une commande et tu as des informations, comme un détective hyper doué, une question et des réponses, même pas besoin de bien la poser, suffit de la taper comme il se doit, combien de temps reste-t-il à la batterie, quelle température, et il tape

[tsidoli@arch ~]$ acpi -V
Battery 0: Discharging, 47%, 1:49:27 remaining
Battery 0: design capacity 4599 mAh, last full capacity 4365 mAh = 94%
Adapter 0: off-line
Thermal 0: ok, 47.0 degrees C
Thermal 0: trip point 0 switches to mode critical at temperature 91.0 degrees C
Thermal 0: trip point 1 switches to mode passive at temperature 85.5 degrees C
Cooling 0: Processor 0 of 7
[tsidoli@arch ~]$ exit

(alt + tab)= wordgrinder de nouveau

et donc il te reste 1h49 à taper du texte, sauf si je branche à la prise, mais là c'est pas possible, car tu es dans un café, en terrasse avant que le ciel se mette à dracher, comme ils disent, et ils disent que ça va dracher en fin d'après midi, et c'est normal, vu la temperature cet après-midi, une température du sud de la france au sud de la flandre, un 37°C d'été, et moi qui suis venu ici pour la pluie, bien tu devras attendre, encore un peu, quelques heures, avant que ça drache, t'aimes bien ce mot dracher, pas cracher mais un peu pareil, un pluie crachante, une drachée de crachée sur la terrasse, et tout le monde dedans, dedans le bar avec des tables et des chaises et des cendriers, et ton clope au bec, je rentre car si ça drache, avec tout le matos, ça risque d'être joli, toute cette drache entre les touches, sur l'écran, avec des étincelles, toutes bleues, alors direction l'interieur, clope au bec, et un café, mais sans la crème, l'estomac ne la supporte encore pas, cette crème de lait dont ils voudraient que tu en mettes deux à chaque fois, comme le sucre, deux sucrettes, mais qu'un gâteau, faut pas être gourmand, et tu tapes tes commandes dans le café, et puis après une autre application, une application espion, un requin du fil, sharkwire, et là, tous les emails des gens en wifi dans un café, et puis après deviner, quelle adresse IP avec quel visage, bien que tu n'aimes pas les visages, alors plutôt quelle adresse pour quel écran, et je me dis c'est pas espionner, c'est comme écouter ce que les deux filles à côté racontent, j'avais le débardeur sur le balcon hier il faisait si chaud, t'inquiète pas il est bien comme directeur, faut juste bien refuser ses avances au début, sinon c'est foutu, j'en ai connu une qui s'y est laissée prendre... et nuls, des vrais nuls aller à lyon pour prendre cinq pions, z'auraient mieux fait de rester à la maison, et puis plein d'autres conversations, et avec wireshark c'est pareil, sauf que ce sont les yeux et les doigts qui travaillent, non les oreilles, les murs ont des oreilles, les écrans ont des oreilles, non les écrans montrent ce que les oreilles ont entendu, et les oreilles c'est la bouche aussi, c'est la bouche qui parle au réseau qui est les oreilles, une bouche oreille, mais ils disent rien d'intéressant les écrans des autres aujourd'hui, pas de petits secrets cette après-midi, un rdv de travail demain à 9h, des recherches google standards, cinéma, armée noire, des trucs comme ça.

rien qui puisse t'intéresser.

 

a peut - être un rapport::

terminal-|-fiction

16/04/2010 - 22:00

 

- - c'était un ciel noir de terminal | un noir transpercé de quelques points lumineux d'un blanc-gris d'avril | que derridovtich observait de derrière une fenêtre | une fenêtre qui pour toute transparente qu'elle fût n'en ressemblait pas moins à cet autre écran qu'il avait devant lui | à quelques centimètres de ses doigts pistonants un vieux clavier thinkpad.
                                                                  
                                    au début | la ligne de commande fut. c'était le titre d'un truc que derridovitch venait de lire sur le web | il trouvait ça bien comme titre | in the beginning was the command line | quand bien même ce n'était pas vrai dans son cas.

                       comme pour d'aucuns qu'il ne connaissait pas mais dont il supposait l'existence | de novo to order versus erat | la ligne de commande était une fin d'après un début graphique pas encore au point d'en écrire | la ligne de commande fut ma fin mais enfin une ligne de commande.

                                             tout cela ce computait dans le cerveau d'anton derridovitch en cette nuit noire d'avril | cela ne calculait donc pas tant que cela | ces calculs qu'il computait en bon anglicisme geek lui laissait une mémoire vide | vidé de par ces deux écrans qui devant lui se parsemait de pixels qui à force d'être gris n'en était que plus blanc | de novo to order versus erat | fut une ligne de commande | un début - -

derridovitch venait de se taper un poweroff. plus de blanc désormais, encore moins de gris, que du noir bien foncé qui lui rigolait à la gueule. il se disait ça depuis quelques temps, que l'écran éteint se moquer de lui, s'esclaffer dans sa face de jeune geek inaccompli ; c'est ce que pensait derridovitch en cet instant. mais c'était l'heure, alors il se leva, prit sa pochette d'ajja17 rouge, son briquet bic, ses feuilles et sa rouleuse rila croix bleues, ses filtres top, et foutut tout ça dans trois poches différentes: arrière-gauche pour la pochette et les feuilles qui tenait sous le rabat, avant-droite pour les filtres, et avant-gauche pour le briquet et la rouleuse. et chaque fois dans cet ordre, bien qu'il ne savait pas pourquoi, mais sans doute cela avait-il une certaine importance, cet ordre, ce forage dansé de mains, préhendant chaque chose en chaque temps pour les foutre en chaque lieu d'un pantalon. c'était pas très cyberpunk de fumer du tabac de vieux, du tabac tout cours, par rapport aux multi-nationales et toutes ces conneries, mais derridovitch s'en branler de leurs prêches à ces petits connards corrects qui viralisaient leurs paroles toutes apprises et toutes faites dans ces lieux qu'ils se devaient tous de fréquenter. sans doute le rire de l'écran venait de là, de tous ces rires blancs de petits petzouilles branchouilles qui, il se le pensait, devaient faire chier les gens le week-end, devant les gares, sur les rues commercantes, pour qu'ils filent des thunes à greenpeace, ou une quelconque autre connerie du genre, leur militantisme étant sans limites, du moins pas limité à la toile que lui, anton, se venait de quitter.

derridovitch n'était pas du matin. il venait de se taper un poweroff, et debout, devant lui, l'autre fenêtre se dilatait à ses yeux, s'ouvrant par un trou dans le verre même, - - que les rayons matinals fondaient en une ouverture qui n'était pas là | mais tout de même présente | chauffant les verres encore plus proches de ses yeux, ceux qui lui permettaient de voire cette dilatation qui se travailler | qui le trompait en quelque sorte | qui ne pouvait que lui rappeler | un amas de pixels morts - -

terminal rire

10/09/2009 - 17:59

"du bruit remonte de la rue, une rue d'après-midi calme dans le centre d'une ville pas grande. du bruit de pneux contre pavés, et l'impression que les autos roulent plus vite, à cause des pavés, des click-click-click, le pneu comme une surface plane entrecoupée de petits clicks pavés. et les trams aussi, les trams qui passent toutes les six minutes, plus besoin d'une montre, suffit d'écouter, il lui suffit d'écouter et il sait que six minutes se sont passées, et des autos, et des passants, mais ils ne parlent pas beaucoup aujourd'hui. pas de voix en bas, juste des autos dans la rue sur les pavés et les trams, et pas beaucoup de silence, l'espace occupé par des bruits, toujours quelque chose de là, à bruiter dans un après-midi.
et lui, à la fenêtre, penché comme ces vieilles qu'on a tous connues au village, celle qui habite au-dessus de la place, et qui regarde qui achète quoi au marché, et qui, plus tard dans la journée, lors de sa promenade de l'après-midi, dira à ses concommeres que madame machin a des moyens en ce moment, elle qui achète des kilos d'agneau au boucher, ou que la mère truc a marchandé ses pommes de terre, qu'elle honte, de marchander pour des patates, le père truc a dû bien jouer cette semaine, bien noyé son jeu, ah la pauvre mère truc, et dire qu'elle s'est marié avec cet alcolo suite à une vingtaine de secondes avant éjaculat, l'éjaculat jeune et précoce du père truc il y a vingt ans, et elle, qui nous a avoué que cela avait été sa première fois, vingt secondes pour prendre vingt ans, avec lui, et leur gosse, ce petit mioche qui faisait les poches, oui, ces vieilles qu'on a tous connues, qui nous ont toutes commentés, un jour ou l'autre, parce qu'on avait fait quelque chose, parce qu'on était rentré à trois heure et qu'elle avait tout vu, et qu'elle l'avait même dit à ta mère, pour que tu sois corrigé, une bonne correction pour votre enfant, rentrer à trois heure du matin, à son âge, dans son état, non mais, et ces mêmes vieilles souvent filles, vieilles filles sans enfants, mais toujours prêtes à donner conseil, moi je ferais ceci, cela, et tout le tralala, des fantasmes de vieilles filles, qui n'ont pas connu, même pas les vingt secondes de la mère truc, qu'elles pleignent pourtant, ah pauvre mère truc, et monsieur le maire, quel homme, et monsieur le curé, un peu mou dans son prêche aujourd'hui, un peu mou le curé du village, et tant mieux, tant mieux pour les petits garçons du village peut-être, et lui à sa fenêtre, comme elles, à regarder, mais sur une rue, dans une ville, et il ne connait personne, comment le pourrait-il, c'est une ville, et des visages familiers, mais pas de père machin ni de mère truc ici, juste des visages, qu'il voit passer, parfois à telle heure, parfois à telle autre, et puis la voisine d'en face, lorsque au téléphone elle sort sur le balcon, et lui son regard vide, regard de je regarde mais pas vraiment, je regarde et je veux que tu penses que je regarde dans le vide, dans des pensées qui sont miennes, des pensées vides d'un homme qui regarde sa voisine sur le balcon, sans penser, ou pensant, ou regardant, tout simplement, sans rien d'autre, et rentrer, ou du moins ne plus regarder, et fermer la fenêtre, et tirer le rideau, et s'assoir, à la table, et brancher, l'ordinateur branché et lui à sa table, appuyant sur le o surplombé d'un i, et mettre ça en marche, et attendre, longtemps, longtemps attendre que des fenêtres puissent s'ouvrir à l'écran, et regarder, et taper, et qui m'a écrit, et que vais-je voir au cinéma ce soir, et qui a tué qui, et qui fait quoi, et quels statuts aujourd'hui, et extremetube, et de la pisse, et des poils d'asiatiques poilues, et après les infos, en streaming, pour savoir ce qui se passe, ou prétendre savoir, faire semblant de s'intéresser, parfois s'offusquer, c'est pas possible, ces pauvres enfants, afghans, cette pauvre petite, et puis les voisins, mais eux pas besoin de s'offusquer, ils passent pas à l'écran, donc tout va bien, oui, ah ces pauvres enfants, qu'il se répète, devant son écran, dans sa fenêtre à streamer des news, et des newslectrices en jean, et puis peut-être demain il posera une belle question, pour le 2Oh, pour participer, à l'info, pour être un participant de la société, oui, il aime bien ça, participer, à la société, en posant des questions au 20h, de devant son écran, et puis la femme qui rentre, t'es en retard, t'étais où, j'ai faim, on peut crever la dalle ici, comme les pauvres enfants, oui, tout ça, et chez le voisin."

des conneries, dans un terminal. dans un terminal, toujours, et des conneries à lire, dans un blog, mais pas que, t'es dans ton terminal, et tu navigues, tu surfes le net, tu te plies dans les vagues du net, belle blague ça, se plier dans les vagues du net, t'as bien révisé tes micro-agencements toi, je lis des plis de vages internet, je me plie dans des chiffres, et des lettres, mais les lettres sont des chiffres aussi, toutes des zeros et des uns, et des maths, et ça donne des lettres, c'est pas compliqué, il y a des uns et des zéros et ça donne des vagues, des plis de vagues internet, c'est mathématisable, oui dis-je, et même plus, et moins, puis multiplié par je ne sais plus combien, et les algorythmes, des algorythmes dans l'internet, et te voilà encore dans ton terminal, avec elinks, un beau petit navigateur, elinks et que du texte, mais faut pas s'inquiéter c'est que des uns et des zéros, 1111111100001010100110, oui, que ça, c'est simple au fond, dans notre terminal, avec elinks et internet en texte, sans images, ou avec si on veut vraiment, mais sans c'est mieux pour lire, j'ai lu le blog de socialkritik, il est bien lis-je, le blog de la fenêtre critique sur le social, et ses questions au 20h, pour peser sur le débat, oui, c'est beaux les blogs, mais faut pas cracher dans la soupe, non, la soupe tu craches pas dedans, les blogs c'est comme tout, c'est pas les blogs, c'est des blogs, un blog, deux blogs, zéro blog, avec des blogs qui affichent de belles choses, des posts que j'aime lire, et d'autres moins, on peut pas tout aimer, alors des blogs, et puis les blogs de ceux qui racontent leurs vies, et tu te moques, mais faut pas se moquer, c'est très intéressant des fois des vies, des banalités intéressentes quotidiennes de blogs. je blogue, tu blogues, il blogue, nous blogons, vous bloguez, ils bloguent. ça blogue dans un terminal aussi, toi et moi, nous sommes dans un terminal et tu blogues, et je suis, je suis ton blog, mon billet dis-tu, je suis francophone et je me dois de dire billet, et non blog, toi tu blogues et moi je billette, il en dépend de la souveraineté d'une langue, alors je lis des billets, et toi tu blogues, tu as le droit de bloguer, de part ta langue, qui n'est pas mienne, n'est pas ma langue ta langue, à la lettre, tu te figures bien que nos langues ne sont pas les mêmes, je lis un billet et toi tu blogues, un billet de blog dans notre terminal, et les autres, aussi les autres, qui lisent des billets que tu blogues, et peut-être bloguent-ils aussi, sans doute d'aucuns d'entre eux se peuvent bloguer, comme toi, et moi je blogue aussi, tu n'en sais rien, je lis des blogs, j'écris des blogs peut-être, et non des billets, mais tu penses que nous billettons, dans ton terminal, et lui lit une ligne d'un billet sauf si je branche à la prise, mais là c'est pas possible, et elle peut-être crachante, une drachée de crachée sur la terrasse, et tant d'autres aussi, dans des plis, tes plis de terminal, ils surfent dans notre terminal, avec nous, toi et moi et eux, nous surfons dans un terminal, ou du moins dans l'ordre de ces lignes, que tu répètes ici, des lignes disparues, que je viens de relire, tu nous fais relire des lignes qui disparaissent, et elles reviennent, des lignes reviennent dans un terminal, et c'est des plis, je me faufile parmi des plis de ligne de tes terminaux, et eux aussi, nous nous plions dans des lignes, pour pas faire comme les autres, alors que nous ne faisons que ça, et un plieur, il y a un plieur parmi nous, dans un terminal un plieur de lignes, et des grosses ficelles, des points de suture et un fil en ficelles, des lignes coupées et un fil et un point et une suture, et je me joins à lui, par des points, des points dans des lignes et nous en ficelle, nous rejoignant, dans des plis, et nos temps, se coupent nos temps à lire des replis de lignes, et toi qui plies un plieur parmi nous, moi et lui et elle et des points différents, différentes lignes rejointes par lui et moi et elle en fil de points, de suture, en points et nous nous rejoignons, et elle s'éloigne, de moi elle s'éloigne, le fil ne tient pas, elle est trop rapide, elle part, vers un autre point, tu la fais partir, non ce n'est pas moi dis-tu, tu dis c'est elle qui part toute seule, dans ses plis à elle, et les tiens te tiennent, te ficellent, tu es ficelé par tes plis, qui sont notre, nos plis dans un terminal et des êtres à aimer, qui partent dans leurs plis, qui ne sont pas les miens, ni les tiens, nos plis se lient comme ils peuvent, malgré nous, nous malgré nos plis nous nous lions, dans un terminal, cela devait arriver, à force de se plier les uns aux autres, je suis ton point de suture, tu me fais des points, et du fil à retordre, que nous puissions nous plier dans des lignes d'un terminal, il s'en fut de pli en pli, par des fils en ligne de points, et j'avance, elle s'avance dans un terminal, elle me rattrape, me dépasse, je la redouble, tu lui fous un coup de pied au cul, et elle te crache à la gueule, mais tu avances trop vite, et je prends tout, en la doublant, sur sa gauche du crachat dans ma figure de terminal, et plus tard, encore trop de mémoire

[tsidoli@arch ~]$ free -m
 
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trop de place encore, tu as trop de place pour me fourer des mots en mémoire, et tu ne partages rien, rien de ta mémoire partagé d'avec moi, d'avec elle et ta mémoire cachée, et lui en échange, toujours là à attendre, que ma mémoire soit pleine, pour m'échanger, pour la rattraper elle en échange, et moi qui suis ici, et elle 172, et lui 979, et une autre ok, 47.0 degrees, et un autre off-line, et ta mémoire pas encore pleine, et moi que tu vides, à force de me remplir de mots dans ma tête, tu me vides, pour mieux m'échanger, pour me plier davantage, dans un terminal, je me plie aux autres ici, ici des autres se plient entre eux et nous plions sous ta mémoire, une mémoire de terminal trop vide à remplir, comme une mémoire de bavard, toujours se vidant pour mieux remplir, une mémoire qui se regarde dans un écran, disant puisque je vous dis que je ne retiens plus personne, une belle ruse de bavard, une mémoire rusée d'un bavard sorti d'un terminal, et revenant sans cesse comme un ostinato, en fragment, un procédé fragmenté d'ostinato de mémoire, comme une langue en peine de parole jette le bruit de sa voix au-dehors, alors qu'il n'y a pas de voix ici, dans un terminal et des bruits de touches tapées, au-dehors, un termianl sans bruit et une mémoire de touches tapées, des souvenirs de bruit, pour neutraliser ce silence de terminal, un silence que jette un terminal au-dehors du bruit de ses touches, de tes touches, qui sont miennes dis-tu, tu dis que tes touches sont à toi, et les miennes sont à moi, pour lire, des touches en flèches haut bas gauche droite, pour parcourir les lignes, de haut en bas, de bas en gauche, puis à droite, et en diagonale, comme une lecture en diagonale, une transversale tirée par mes yeux, parce que tu en rajoutes toujours trop, trop de mots toujours dans un terminal, alors qu'il faudrait couper, cutter, faire des coups de cutter dans des lignes, d'un terminal, c'est ce que je fais, je lis que c'est ce que tu fais, d'où les sutures, oui, d'où les points, et le fil qui les sous-tend, et nos coupes de temps, qui font que je tombe dans des trous, des trous de mémoire qui se replie, et se déplie, et un trou comme une transversale de mémoire, dans lequel je tombe, malgré moi, et lui me tombant dessus malgré lui, et toi aussi tu tombes à force de mettre des coups, des coups de cutter et plus rien où creuser, alors que ce n'est pas un terrier un terminal, plutôt comme un gros port, ou une côte avec plein de ports, et des canaux entre les ports, que les lettres puissent circuler, qu'elles puissent en un et zéro aller d'un port à l'autre, pour arriver dans un terminal, où nous sommes, et le plieur de ports, pliant des lignes pour changer les trajets, comme si on faisait le havre-marseille en partant de southampton, et en passant par barcelone, mais pas en mer, pas sur des vagues, avec une dénivelée de quelques centimètres sous la surface de l'eau, non, des ports, dans un terminal, qui font qu'un terminal existe, des ports et un terminal affichant des lignes, faites de lettres faites de chiffres faits de un et zéro, alors qu'ils pensaient que zéro c'était rien, que zéro ça veut dire qu'il manque quelque chose, alors que non, alors que zéro c'est déjà trop, pour ta mémoire, pour la mienne que tu bourres de zéros, et de uns, moi zéro, toi un zéro et moi zéro un, et dans un terminal c'est pas comme à l'école, 0 manque de travail, 0 pas assez d'effort peut faire mieux, ici 0 c'est trop d'effort, peut pas mieux faire, même un c'est moins, moins un et on arrive à zéro et c'est trop déjà, pour notre ostinato dans un terminal, parce que même un silence a sa musique, une musique de terminal, mais une musique quand même, une musique de processeur qui chauffe, d'un ventilateur qui souffle, et leurs cadences, et des harmoniques, de la cacophonie dis-je, une vraie musique discordante, qui déplie des cordes, des cordes de fil tendu, et pas d'archer, que des touches, qui bruitent au-dehors, au-dehors des touches et dans un terminal des lignes, qui se plient, et nous dedans, comme des surfeurs, oui avec l'humour en plus, plein d'humour dans un terminal, tu rigoles, ça me fait rire que tu rigoles, je rigole et elle rit, et c'est un rire de terminal, un rire silencieux, un rire silencieux d'homme mort dans un terminal, plus d'hommes ici, des lignes et des points, des êtres de ligne et de point faits, des êtres sur des lignes, et qui tombent, des êtres sur une ligne tombent et se replie sur une ligne dessus, un être tombe et attérit sur une ligne du dessus, dans un terminal et des êtres qui tombent en haut, et qui montent en bas, pour mieux être se qu'ils peuvent, non pas sans gravité, mais une gravité différente, une gravité de terminal, un terminal de gravité marrante, c'est la marrade ici, qu'est-ce qu'on rit, avec un plieur qui plie nos traits, au bords des yeux des commissures pliées comme un rire de marrade, sans bouches, je te fais rire tu le lis dans mes yeux, tu me souris en me fixant mort, mort comme un homme dans un terminal, et ça fait rire, un rire silencieux.
 

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