Charles Pennequin et Armée Noire

fiction

terminal-|-fiction

16/04/2010 - 22:00

 

- - c'était un ciel noir de terminal | un noir transpercé de quelques points lumineux d'un blanc-gris d'avril | que derridovtich observait de derrière une fenêtre | une fenêtre qui pour toute transparente qu'elle fût n'en ressemblait pas moins à cet autre écran qu'il avait devant lui | à quelques centimètres de ses doigts pistonants un vieux clavier thinkpad.
                                                                  
                                    au début | la ligne de commande fut. c'était le titre d'un truc que derridovitch venait de lire sur le web | il trouvait ça bien comme titre | in the beginning was the command line | quand bien même ce n'était pas vrai dans son cas.

                       comme pour d'aucuns qu'il ne connaissait pas mais dont il supposait l'existence | de novo to order versus erat | la ligne de commande était une fin d'après un début graphique pas encore au point d'en écrire | la ligne de commande fut ma fin mais enfin une ligne de commande.

                                             tout cela ce computait dans le cerveau d'anton derridovitch en cette nuit noire d'avril | cela ne calculait donc pas tant que cela | ces calculs qu'il computait en bon anglicisme geek lui laissait une mémoire vide | vidé de par ces deux écrans qui devant lui se parsemait de pixels qui à force d'être gris n'en était que plus blanc | de novo to order versus erat | fut une ligne de commande | un début - -

derridovitch venait de se taper un poweroff. plus de blanc désormais, encore moins de gris, que du noir bien foncé qui lui rigolait à la gueule. il se disait ça depuis quelques temps, que l'écran éteint se moquer de lui, s'esclaffer dans sa face de jeune geek inaccompli ; c'est ce que pensait derridovitch en cet instant. mais c'était l'heure, alors il se leva, prit sa pochette d'ajja17 rouge, son briquet bic, ses feuilles et sa rouleuse rila croix bleues, ses filtres top, et foutut tout ça dans trois poches différentes: arrière-gauche pour la pochette et les feuilles qui tenait sous le rabat, avant-droite pour les filtres, et avant-gauche pour le briquet et la rouleuse. et chaque fois dans cet ordre, bien qu'il ne savait pas pourquoi, mais sans doute cela avait-il une certaine importance, cet ordre, ce forage dansé de mains, préhendant chaque chose en chaque temps pour les foutre en chaque lieu d'un pantalon. c'était pas très cyberpunk de fumer du tabac de vieux, du tabac tout cours, par rapport aux multi-nationales et toutes ces conneries, mais derridovitch s'en branler de leurs prêches à ces petits connards corrects qui viralisaient leurs paroles toutes apprises et toutes faites dans ces lieux qu'ils se devaient tous de fréquenter. sans doute le rire de l'écran venait de là, de tous ces rires blancs de petits petzouilles branchouilles qui, il se le pensait, devaient faire chier les gens le week-end, devant les gares, sur les rues commercantes, pour qu'ils filent des thunes à greenpeace, ou une quelconque autre connerie du genre, leur militantisme étant sans limites, du moins pas limité à la toile que lui, anton, se venait de quitter.

derridovitch n'était pas du matin. il venait de se taper un poweroff, et debout, devant lui, l'autre fenêtre se dilatait à ses yeux, s'ouvrant par un trou dans le verre même, - - que les rayons matinals fondaient en une ouverture qui n'était pas là | mais tout de même présente | chauffant les verres encore plus proches de ses yeux, ceux qui lui permettaient de voire cette dilatation qui se travailler | qui le trompait en quelque sorte | qui ne pouvait que lui rappeler | un amas de pixels morts - -

Madame la Littérature

21/10/2009 - 00:16


On ne fait que racheter toutes les jouissances qui se sont déjà produites entre les cuisses de cette putain. Il y a une vieille flasque à secouer en somme, de l’imaginable disponible, à portée de fiction, je veux dire, pour un lecteur, c’est de l’amour pas cher, on connaît le chemin du bordel, les vieilles et les nouvelles, ça tourne.

Créer, mais à partir de ce qui frissonne déjà, avec ce qui plaît, du plaisir, rien que du plaisir.

Alors ce n’est pas la Littérature le coeur, ce serait plutôt ce que précisément elle est incapable de représenter, et parallèlement, l’ensemble des lianes conceptuelles auxquelles ces aimables, hypocrites et dangereuses créatures ont la manie de se suspendre quand elles traversent en rond l’espace trop clos, planté d’innombrables miroirs, de leur « culturarium ».

Il croit que rien de profond ne peut être communiqué par aucun langage. Le seul véritable « service » à rendre est d’indiquer par les trous, en conservant l’étrange espoir des musiciens, cette flûte hypnotique.

 

(et version audio ici http://alain-pennec.fr/?p=639 )

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