Charles Pennequin et Armée Noire

Guy Niole's Band

la société

la société

du pest'acle

l'émotion

08/02/2012 - 10:00

 la vie nous réserve de ces surprises, prenez par exemple tous ces charniers de corps qui ont été traînés jusqu’ici, jusqu’à notre lit et ainsi à travers les siècles, tous ces siècles où l’on a massacré autant de peuple qu’il n’en faut pour arroser des continents entiers, et ça en un rien de temps, c’est la vie et ses surprises du temps, la vie surprenante, la vie sans cesse renouvelée et pour cela il a fallu saigner plus d’une vierge, pour cela il a fallu égorger bien des doux agneaux devant le temple pour que continue la bonne vie et la bonne chère, la bonne et chère vie et la circulation des idées, il a fallu bien envahir et bien tuer des peuples dans leur entièreté, bien soumettre à l’idée pour que jaillisse enfin la vie pleine, je vous le dis, en ce temps-là j’étais roi et je détenais toute l’âme de mon peuple, en ce temps-là je me disais déjà qu’il fallait en noyer plus d’un ingénu sous une avalanche d’huile brûlante pour que jaillisse enfin les rayons blancs de la vérité, car la vérité ne nous était pas dévolue, il faut à chaque fois découvrir la vérité sous son linceul, à chaque instant la vérité se couvre de son linceul, et nous nous couvrons aussi, nous ne voulons pas aller de l’avant dans l’idée, alors que l’idée nous donne ce feu par lequel nous existons et c’est comme ça qu’il nous faut partager la vie réelle à tous nos innocents contemporains, coûte que coûte le pauvre contemporain obéira à notre seule idée rayonnante, comme un rayon tout blanc la vérité et qui le frappera furieusement, nous ferons ployer toutes les existences et nous noierons tous les peuples insoumis à l’idée, car c’est l’idée seule qui a fabriqué cette existence pleine de plis et que nous avons une bonne fois décidé de faire la lumière dessus, dépliant un à un les écheveaux qui nous empêchent de réaliser la vie, la réalisation de la vie passera par la mort de tous. 

 

 

les enfants voient le ciel depuis la charrue

ils se prennent pour des vipères

ils mettent des branches sur le front

et sautent depuis les blockaus

ils se font tomber par les cousins

les vilains cousins tout gras et tout cons

ils sont trop cons les cousins quand ils deviennent grand

du coup ils mourront avant nous

les enfants se ruent dans les charrues

puis ils vont dans des trous d'usine

ils vont là et passent dans des tuyaux

c'est des tuyaux gros pour aller dans de grosses et sales usines

les gras et grands et gros enfants dans les toutes grises usines

ils y vont avec une fille

ils veulent déshabiller la fille

ils disent qu'il y a des ouvriers qui nous regardent

les ouvriers sont en bas ils ont des caméras

et ils regardent si on n'a rien caché

si on n'a rien on pourra sortir

il faut que la fille enlève sa culotte devant la caméra des ouvriers

il faut qu'elle jette sa culotte à travers les étages

et qu'elle frotte son sexe sur la poutre

pour bien montrer qu'elle rien

comme ça les ouvriers les laissera s'en aller

il y a comme ça des ouvriers d'usine plein les rues et qui regardent

tous les ouvriers qui ont des jambes de bois sur des mobylettes bleues

et sur les mobylettes aussi des gros gras gris et grands chats

des chats tout gros qu'on lance depuis des fenêtres avec des culottes sales de fille

les filles ont les culottes très sales

c'est comme les roues des ouvriers

les roues qui roulent dans les voyettes pleine de pisse

ça sent la pisse plein la voyette à chaque fois qu'on passe disent les enfants

les enfants chapardent

les enfants se révolent contre les ouvriers

ils achètent plein de pétard au café bédu et après ils viennent à la salle des fêtes

les ouvriers montent dans les bus

tous les villages sont remplis d'ouvriers et d'usines

les enfants se cachent dans les charrues

ils caressent les vaches

il les cognent

ils se vont jusqu'au deux arbres et se font poursuivre par un taureau

ils se cachent sous un arbre

ils se cachent dans les nouveaux lotissements

dans les nouvelles maisons en construction

là aussi les ouvriers farfouillent

ils cherchent si on n'a pas caché des armes

la fille dans la nouvelle maison doit encore se déshabiller

elle doit se mettre à poil pour montrer aux ouvriers qu'elle a rien

après ils nous laisseront tranquille

pour le moment tu dois enlever ta culottre et frotter ton sexe sur le parpaing

après ils verront qu'on n'a rien caché

et ils nous laisseront la vie sauve.

Les équilibres

04/03/2010 - 11:26



Les équilibres

 

 

 

Du côté où je bascule les bourgeons s’épaississent puis s’écoulent jusqu’au sol, lorsque je m’y appuie les membres opposés se rétractent ou se détachent tandis que je me propulse dans un autre sens, sans cesse ces jambes vont et viennent, l’une pousse avec une si grande force que je ne peux m’empêcher de m’amaigrir, l’autre se résorbe et me regonfle. Quoiqu’elle gauchisse, ma tête doit persister : mes enfants ont encore le poumon avec elle. Parfois en marge, qui ne s’articule pas à une de mes hanches, se matérialise une jambe, elle ondule faiblement comme si elle se demandait où frapper, avant que je ne l’absorbe pour me rattraper.

 

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Dérangé, pouvant courir à pleine vitesse en changeant constamment de direction, je disparais de vue instantanément. Je fantôme.

 

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Sur mon dos la boule coupante essaye des emplacements qui lui conviennent, à mesure qu’elle ouvre ma peau son aire de déplacement se réduit, jusqu’à ce qu’un ensemble de lésions s’engorge de sa pâte et la stabilise. Elle parfait son ancrage en sécrétant un ciment qui s’écoule en moi en durcissant, au point de contact cette salive me corrode avant de sécher, allongeant ainsi un tube apport après apport, chaque injection provoquant une violente suée de pattes qui m’aiguille et m’immobilise, plus cette tête est formée plus la boule est fixée. Elle peut alors, pendant toute la durée de son repas, alternativement aspirer mon sang et réinjecter de la salive de manière à agrandir la poche ainsi creusée sous ma peau jusqu’à ce qu’elle atteigne une ou plusieurs veines, qui crèveront et augmenteront directement sa tête.

Ces boules se fixent si bien qu’une traction directe leur arrache souvent la tête, laquelle peut pourrir indéfiniment. Pour disloquer le ciment j’ai à m’agiter sur le dos et ainsi le faire tourner. Avant de l’extraire. Ce qui ne suffit pas toujours.

 

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Mes pattes brisent la gravité, à l’entour le sol change d’origine. Avec quantité d’expansions et de résorptions dans sa continuité. Quand l’horizontalité est ainsi remuée j’observe, pendant que le sol sous moi reste parfaitement fixe et inébranlé, autour il oscille presque imperceptiblement avec le mouvement de mes pattes. Lorsqu’elle approche, en général le sol modifié reste tendu et uni d’immobilités réflexes donnant une illusion qui occupe la proie, elle tombe soudain vers le haut. Alerté par le choc de sa chute puis ses débats pour trouver une nouvelle source d’appui, j’accours par les lignes fermes sur lesquelles je peux me déplacer sans me faire happer moi-même. Je sais aussi détecter la position d’une proie immobile en impulsant une vibration et en analysant l’écho en retour : mes pattes ne se soulèvent pas en même temps. Il est fréquent de rencontrer des segments qui s’élancent en étoile, des rayons enfonçant l’horizontalité à distance alors qu’elle se maintient à proximité, mais je n’ai qu’à tanguer pour tirer dessus et échanger aisément, en masse, ces intervalles quand l’occasion l’exige, par exemple lorsqu’une proie se ramène.

 

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Menacé je ne fuis pas je tremble si bien, le sol vibre on ne le suit plus suffisamment pour me voir. Nous me trompons.

 

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Je me nourris presque exclusivement de montagnes, dès qu’elles s’empêtrent par une gravité divergente j’escalade leur arête en dévaginant mon estomac, qui se pétrifie au contact de la roche et peut ensuite la tirer lorsque je reviens sur mes pas entre mes fesses qui s’appellent et s’écartent, et ainsi broient, en m’avançant.

Mon système digestif comprend un gros anus dorsal contractile d’où la roche est expulsée vers ma tête, et neuf à seize paires d’estomacs latéraux qui fossilisent et envoient vers l’arrière dans un intestin ventral. Si un animal passe à proximité mon estomac l’empale, il reste embroché et mon anus attend qu’il raidisse pour le concasser.

Certains de mes estomacs circulent en durcissant dans le sol essentiellement horizontalement, et d’autres encore verticalement (ce sont ceux qui laissent des monticules caractéristiques en surface.)

 

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Dans le cas où la température ne m’est pas bonne et la nourriture rare, j’ai des bulles qui crèvent en accumulant leurs résidus jusqu’à former une sorte de tube, des cils finissent par battre et lui permettent de s’orienter, et lorsque ce petit bourgeon réalise tout ce que je fais, je peux m’y communiquer en me séparant de mon corps, pour y mener ma vie.

 

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A la moindre alerte mon prédateur est plongé dans le sol. Lorsqu’il réapparaît soit je ne suis plus là, soit il pelote facile à récupérer.

 

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En colonies chacun de nous ne peut exercer de traction que sur les fils qui font pivoter l’ensemble des dimensions, qui donnent axe à travers un volume qui peut contenir plusieurs planètes, sans quoi toute la torsion donnée au piège peut se redresser brutalement et nous couper les uns des autres. Mais nous ne nous distançons pas facilement et resserrons repousser un ou plusieurs dont nous sommes détachés, et certains sont même capables de reconstituer à partir de leur piège, avec les proies qu’ils auraient dû prendre, tous ceux qu’il implique.

 

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Mes pattes postérieures plongent pour me préparer à bondir, alors que mes estomacs s’étalent autour du sol afin de percevoir à la ronde les trépidations du gibier qui s’empêtre. Mais c’est le gibier qui n’hésite pas à bondir à moi, se dirigeant dans son bond en évitant les changements de gravité, jeté sur l’une de mes pattes il la saisit dans sa bouche et fait effort pour m’extraire, d’un élan soudain et de trop courte durée pour me soulever du sol, à peine il me soubresaute car tout entier hâte il lâche aussitôt prise. S’il persiste je lui happe la nuque.

 

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Il bondit, happe une patte, tire à lui, moi tenant bon le plus souvent, entraîné parfois au-dessus du sol, mais aussitôt j’y rentre à la faveur de mes pattes qui s’écoulent vers l’arrière.

 

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Expulsé je lance mes anus dans le vent. Qu’ils s’y accrochent et m’entraîne, me blottir dans ses coins. Mais le gibier me paralyse d’un coup de sexe dans le thorax.

Des petits tonnelets en terre gâchée regroupés en abri, chacun contenant l’un de nous aux pattes sectionnées en compagnie d’un œuf.

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